
L’euro numérique franchit une étape législative, l’élargissement de la zone euro reste en suspens
Le Parlement européen a validé le cadre juridique de la monnaie numérique de la BCE, tandis que le rapport de convergence souligne l’incapacité ou le refus des cinq pays candidats à adopter la monnaie unique.
Le vote en commission des affaires économiques du Parlement européen, le 24 juin, a donné un feu vert décisif au mandat de négociation sur l’euro numérique. Ce projet, porté par la Banque centrale européenne (BCE), vise à doter l’Union d’un instrument de paiement public, utilisable en ligne comme hors ligne, et à réduire la dépendance envers les réseaux privés américains – Visa, Mastercard ou PayPal – qui concentrent plus de 60 % des transactions par carte dans la zone euro. La perspective d’un ordre exécutif venu de Washington capable de suspendre ces services a ravivé, dans les capitales européennes, la volonté de bâtir une autonomie stratégique des paiements.
Le dispositif prévoit que les citoyens détiennent des euros numériques via des portefeuilles gérés par les banques commerciales, sans rémunération et avec un plafond de détention encore à fixer, probablement entre quelques centaines et trois mille euros. Cette architecture cherche à rassurer les établissements bancaires, qui redoutent une fuite massive des dépôts vers la banque centrale, un risque que la BCE juge maîtrisé mais que les fédérations bancaires, notamment en Allemagne et en France, continuent de chiffrer en milliards d’euros de coûts. La question du plafond, éminemment politique, opposera les partisans d’une limite basse, soucieux de préserver le financement de l’économie par les banques, à ceux qui y voient un frein à l’attractivité de cette nouvelle monnaie.
En parallèle, le rapport de convergence publié le même jour par la BCE dresse un constat sans appel : les cinq États membres encore en dehors de l’union monétaire – Suède, Pologne, Hongrie, République tchèque et Roumanie – ne remplissent pas les critères requis, ou ne le souhaitent pas. La Suède et la République tchèque satisfont la plupart des conditions économiques mais refusent délibérément d’intégrer le mécanisme de change ERM II, préalable juridique à l’adoption. La Pologne, malgré un endettement contenu, affiche un déficit et une inflation excessifs, et l’opinion publique y reste majoritairement hostile. La Hongrie, dont le nouveau gouvernement vise 2030, et la Roumanie, qui espère 2029, sont loin des standards de stabilité des prix et de finances publiques.
Ce double mouvement illustre une Europe monétaire à deux vitesses. D’un côté, le noyau dur de la zone euro se dote d’une infrastructure de souveraineté numérique, avec un déploiement progressif attendu à partir de 2027 pour une mise en service complète au plus tôt en 2029. De l’autre, l’élargissement géographique de la monnaie unique est gelé, moins par des obstacles techniques que par des choix politiques nationaux, qu’il s’agisse du référendum suédois de 2003 ou des réticences persistantes à Varsovie et Prague. La prochaine étape pour l’euro numérique sera l’ouverture des trilogues entre Parlement, Conseil et Commission, tandis que le prochain rapport de convergence, dans deux ans, mesurera si les lignes ont bougé à l’Est.
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The digital euro advances as an alternative to US payment systems, reflecting Europe's concern about its dependency. Meanwhile, eurozone enlargement stalls as candidate countries fail to meet criteria. In Latin America, the digitalization of finance is watched closely, with fears of tighter fiscal controls.
The digital euro receives parliamentary approval to break free from US circuits, a step towards strategic autonomy. Eurozone enlargement remains on hold as candidate countries fail to meet criteria. European narrative celebrates the technological progress but remains cautious on monetary expansion.
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