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Géopolitique et Politiquemercredi 17 juin 2026

Haïti et Soudan, naufrages silencieux d’une communauté internationale dépassée

En visite à Port-au-Prince, le secrétaire général de l’ONU a présenté des excuses inédites aux Haïtiens, tandis qu’au Soudan, plus de 21 millions de personnes basculent dans une insécurité alimentaire aiguë.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a formulé mardi à Port-au-Prince un mea culpa aussi rare que symbolique. Devant des femmes déplacées entassées dans une ancienne école reconvertie en abri de fortune, il a demandé pardon pour « l’abandon » de la communauté internationale, reconnaissant l’incapacité à mobiliser une réponse à la hauteur de la tragédie haïtienne. Dans ce centre d’hébergement où s’entassent plus de 1 250 personnes, une mère de quatre enfants a décrit des conditions de vie sans intimité, aggravées par la chaleur étouffante sous les toits de tôle. Ce constat d’échec collectif intervient alors que les Nations unies publient des chiffres accablants : 2 300 morts depuis le début de l’année, une centaine d’enlèvements – dont celui, la semaine dernière, d’un haut fonctionnaire du ministère de la Défense – et 1,5 million de déplacés, soit plus d’un Haïtien sur dix.

La visite éclair du chef de l’ONU coïncide avec la mise en place progressive d’une force multinationale de stabilisation, approuvée par le Conseil de sécurité et destinée à épauler la police haïtienne débordée. Les médias nord-américains et européens y voient un test crucial pour la crédibilité des interventions onusiennes après les échecs des missions précédentes, notamment la MINUSTAH, entachée par des scandales sanitaires et des accusations d’inefficacité. Les capitales occidentales, Washington et Ottawa en tête, insistent sur la nécessité d’une stratégie combinant répression des gangs et renforcement des institutions locales, mais les contributions financières tardent à se matérialiser. Port-au-Prince, de son côté, oscille entre espoir prudent et amertume : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a accueilli Guterres au palais national, mais la population, elle, mesure l’écart entre les excuses et les actes.

Cette visite haïtienne ne doit pas masquer d’autres crises tout aussi négligées. Au Soudan, où la guerre civile fait rage depuis plus de deux ans, les indicateurs humanitaires atteignent des niveaux alarmants. Selon Matilde Vu, responsable du Conseil norvégien pour les réfugiés, 33,7 millions de personnes – soit la population entière du pays – nécessitent une aide d’urgence, un record mondial. Plus de 21 millions de Soudanais sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, et des conditions de famine sont déjà confirmées dans plusieurs poches du Darfour et du Kordofan. Le déplacement forcé touche 14 millions d’individus, tandis que l’effondrement des financements humanitaires impose aux organisations des « choix quasi impossibles », selon la responsable.

La simultanéité de ces deux crises met en lumière une architecture internationale de l’aide à bout de souffle. Les budgets d’assistance, aspirés par la guerre en Ukraine et la reconstruction de Gaza, ne parviennent plus à répondre aux urgences africaines et caribéennes. Les capitales européennes, focalisées sur la défense et la compétition stratégique avec la Chine, réduisent leur part dans l’aide au développement, tandis que les opinions publiques, lassées par des décennies d’interventions aux résultats mitigés, se détournent de ces « guerres lointaines ». Le Soudan, en particulier, souffre d’une invisibilité médiatique quasi totale, alors même que les experts norvégiens et onusiens y diagnostiquent la pire crise alimentaire de la décennie.

L’avenir immédiat dépendra de la capacité des diplomaties à transformer les excuses en engagements durables. En Haïti, la nouvelle force internationale devra éviter l’écueil d’une opération purement sécuritaire, en intégrant un volet de reconstruction de l’État de droit et de relance économique. Au Soudan, les humanitaires appellent à un sursaut avant que la famine ne s’étende aux régions encore épargnées. Dans les deux cas, les perspectives sont sombres si la communauté internationale persiste dans une approche sélective des crises, dictée par les priorités géopolitiques plutôt que par l’urgence des besoins humains.

Comment la même histoire est racontée ailleurs.

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Alors que l'attention mondiale est ailleurs, le Soudan s'enfonce dans une catastrophe humanitaire silencieuse : 21 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, 33,7 millions ont besoin d'aide et 14 millions sont déplacées. La communauté internationale reste largement inerte face à une crise qui s'aggrave de jour en jour.

Presse latino-américaine
IndignationUrgence

En visite en Haïti, le Secrétaire général de l'ONU a demandé pardon aux femmes déplacées par la violence des gangs, reconnaissant l'abandon de la communauté internationale. L'ONU prévient qu'Haïti traverse la crise la plus grave de l'hémisphère occidental, avec 6,4 millions de personnes ayant besoin d'aide et 1,5 million de déplacés.

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mercredi 17 juin 2026

Haïti et Soudan, naufrages silencieux d’une communauté internationale dépassée

En visite à Port-au-Prince, le secrétaire général de l’ONU a présenté des excuses inédites aux Haïtiens, tandis qu’au Soudan, plus de 21 millions de personnes basculent dans une insécurité alimentaire aiguë.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a formulé mardi à Port-au-Prince un mea culpa aussi rare que symbolique. Devant des femmes déplacées entassées dans une ancienne école reconvertie en abri de fortune, il a demandé pardon pour « l’abandon » de la communauté internationale, reconnaissant l’incapacité à mobiliser une réponse à la hauteur de la tragédie haïtienne. Dans ce centre d’hébergement où s’entassent plus de 1 250 personnes, une mère de quatre enfants a décrit des conditions de vie sans intimité, aggravées par la chaleur étouffante sous les toits de tôle. Ce constat d’échec collectif intervient alors que les Nations unies publient des chiffres accablants : 2 300 morts depuis le début de l’année, une centaine d’enlèvements – dont celui, la semaine dernière, d’un haut fonctionnaire du ministère de la Défense – et 1,5 million de déplacés, soit plus d’un Haïtien sur dix.

La visite éclair du chef de l’ONU coïncide avec la mise en place progressive d’une force multinationale de stabilisation, approuvée par le Conseil de sécurité et destinée à épauler la police haïtienne débordée. Les médias nord-américains et européens y voient un test crucial pour la crédibilité des interventions onusiennes après les échecs des missions précédentes, notamment la MINUSTAH, entachée par des scandales sanitaires et des accusations d’inefficacité. Les capitales occidentales, Washington et Ottawa en tête, insistent sur la nécessité d’une stratégie combinant répression des gangs et renforcement des institutions locales, mais les contributions financières tardent à se matérialiser. Port-au-Prince, de son côté, oscille entre espoir prudent et amertume : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a accueilli Guterres au palais national, mais la population, elle, mesure l’écart entre les excuses et les actes.

Cette visite haïtienne ne doit pas masquer d’autres crises tout aussi négligées. Au Soudan, où la guerre civile fait rage depuis plus de deux ans, les indicateurs humanitaires atteignent des niveaux alarmants. Selon Matilde Vu, responsable du Conseil norvégien pour les réfugiés, 33,7 millions de personnes – soit la population entière du pays – nécessitent une aide d’urgence, un record mondial. Plus de 21 millions de Soudanais sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, et des conditions de famine sont déjà confirmées dans plusieurs poches du Darfour et du Kordofan. Le déplacement forcé touche 14 millions d’individus, tandis que l’effondrement des financements humanitaires impose aux organisations des « choix quasi impossibles », selon la responsable.

La simultanéité de ces deux crises met en lumière une architecture internationale de l’aide à bout de souffle. Les budgets d’assistance, aspirés par la guerre en Ukraine et la reconstruction de Gaza, ne parviennent plus à répondre aux urgences africaines et caribéennes. Les capitales européennes, focalisées sur la défense et la compétition stratégique avec la Chine, réduisent leur part dans l’aide au développement, tandis que les opinions publiques, lassées par des décennies d’interventions aux résultats mitigés, se détournent de ces « guerres lointaines ». Le Soudan, en particulier, souffre d’une invisibilité médiatique quasi totale, alors même que les experts norvégiens et onusiens y diagnostiquent la pire crise alimentaire de la décennie.

L’avenir immédiat dépendra de la capacité des diplomaties à transformer les excuses en engagements durables. En Haïti, la nouvelle force internationale devra éviter l’écueil d’une opération purement sécuritaire, en intégrant un volet de reconstruction de l’État de droit et de relance économique. Au Soudan, les humanitaires appellent à un sursaut avant que la famine ne s’étende aux régions encore épargnées. Dans les deux cas, les perspectives sont sombres si la communauté internationale persiste dans une approche sélective des crises, dictée par les priorités géopolitiques plutôt que par l’urgence des besoins humains.

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Alors que l'attention mondiale est ailleurs, le Soudan s'enfonce dans une catastrophe humanitaire silencieuse : 21 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, 33,7 millions ont besoin d'aide et 14 millions sont déplacées. La communauté internationale reste largement inerte face à une crise qui s'aggrave de jour en jour.

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En visite en Haïti, le Secrétaire général de l'ONU a demandé pardon aux femmes déplacées par la violence des gangs, reconnaissant l'abandon de la communauté internationale. L'ONU prévient qu'Haïti traverse la crise la plus grave de l'hémisphère occidental, avec 6,4 millions de personnes ayant besoin d'aide et 1,5 million de déplacés.

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