
Gunther von Hagens, créateur des expositions « Body Worlds », est mort à 81 ans
L’inventeur de la plastination, technique de conservation des corps, laisse derrière lui un héritage scientifique et des controverses éthiques qui ont traversé les continents.
Le médecin et anatomiste allemand Gunther von Hagens est décédé le 24 juillet à Heidelberg, à l’âge de 81 ans, des suites d’une hémorragie cérébrale, a annoncé sa famille. Il souffrait de la maladie de Parkinson depuis près de deux décennies. Connu pour avoir mis au point en 1977 la plastination – un procédé de conservation des tissus biologiques par remplacement des fluides par des polymères –, il a rendu l’anatomie accessible au grand public à travers les expositions itinérantes « Körperwelten » (Body Worlds).
Ces exhibitions, qui présentent des corps humains et animaux disséqués et mis en scène, ont attiré plus de 58 millions de visiteurs dans des dizaines de pays depuis les années 1990. Selon l’Institut de plastination, l’objectif affiché était de favoriser une réflexion sur la santé et la mortalité. Pourtant, l’accueil a été contrasté : si une partie du public y a vu une démarche pédagogique novatrice, des voix critiques se sont élevées sur plusieurs continents.
Dans le monde germanophone, l’ouverture d’un musée permanent à Berlin en 2015 a été combattue par les autorités locales, qui estimaient que les corps plastinés restaient des dépouilles devant être inhumées ; la justice a finalement autorisé l’exposition. En Russie, l’édition moscovite de 2021 a fait l’objet d’une plainte du mouvement orthodoxe « Sorok sorokov » et d’une enquête du Comité d’enquête, sans toutefois entraîner sa fermeture anticipée. En Amérique latine et en Europe occidentale, les débats ont souvent porté sur la dignité humaine et le consentement des donneurs, von Hagens ayant toujours affirmé que les corps provenaient de personnes ayant donné leur accord de leur vivant.
Né en 1945 en Pologne occupée, Gunther von Hagens a grandi en RDA, où il a été emprisonné pour avoir tenté de fuir le régime communiste avant d’être racheté par la RFA. Ce parcours singulier a nourri une personnalité décrite comme iconoclaste. Fidèle à sa méthode, il avait demandé que son propre corps soit plastiné après sa mort ; sa famille a confirmé qu’elle respecterait cette volonté. Son épouse Angelina Whalley, qui supervisait déjà la conception des expositions, devrait poursuivre l’activité de l’institut.
Le lieu où sera exposé le corps de von Hagens n’a pas encore été précisé, mais le Plastinarium de Guben, dans le Brandebourg, ou une salle londonienne sont évoqués. La pérennité des « Körperwelten » semble assurée, alors que le débat sur la frontière entre science, art et respect des défunts reste ouvert.
| Presse européenne continentale | 0.00 | neutral |
|---|---|---|
| Presse russe et CEI | +0.20 | neutral |
| Presse atlantique / anglosphère | −0.20 | neutral |
La science et l'éthique se confrontent : von Hagens a fasciné et choqué, désormais son héritage réside dans ses propres techniques.
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