
Fractures internes et dissidences diasporiques : le monde juif face à la dérive autoritaire en Israël
De New York à Tel-Aviv en passant par Stockholm, la radicalisation du gouvernement israélien creuse un fossé inédit entre une diaspora progressiste, une société israélienne polarisée et une Europe où l’antisémitisme gagne du terrain.
L’image a valeur de symbole : en pleine Parade du Jour d’Israël sur la Cinquième Avenue de New York, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite, a été accueilli par des cris de « criminel de guerre » hurlés par des manifestants juifs progressistes. Ces militants, opposés à l’offensive à Gaza, revendiquent une solidarité avec le peuple palestinien qui rompt ouvertement avec la rhétorique officielle de l’État hébreu. Face à cette fronde, Smotrich a maintenu un discours d’unicité : « Israël est la maison du peuple juif tout entier, la sécurité des Juifs dans le monde dépend de la force d’Israël. » Pourtant, cette déclaration semble de plus en plus déconnectée d’une partie de la communauté juive états-unienne qui, loin de se reconnaître dans cette ligne dure, choisit de marquer sa distance.
En Israël même, la menace existentielle la plus redoutée n’est ni la bombe nucléaire iranienne, ni le conflit avec les Palestiniens, mais la polarisation interne et le spectre d’une guerre civile, selon une étude annuelle du Jewish People Policy Institute reprise par la presse israélienne. Cinquante-cinq pour cent des Israéliens placent ces fractures domestiques en tête de leurs inquiétudes, un chiffre qui éclipse de loin les craintes géopolitiques extérieures. Cette déchirure se matérialise dans les débats explosifs sur l’exemption militaire des ultra-orthodoxes. La vice-ministre des Affaires étrangères, Sharren Haskel, a qualifié de « coup de poignard dans le dos » des soldats un projet de loi élargissant les subventions de crèche pour les jeunes haredim réfractaires à la conscription. Dans le même temps, la montée de l’extrême droite juive, couplée à une criminalité galopante dans les localités arabes, incite une large part des citoyens arabes d’Israël à s’interroger sur l’utilité de leur participation électorale.
L’onde de choc atteint aussi l’Europe. En Suède, une enquête longitudinale menée entre 2020 et 2025 montre une augmentation préoccupante des préjugés antisémites, avec une progression à la fois des stéréotypes hostiles et de l’indifférence face à ceux-ci. Les chercheurs y voient vraisemblablement un effet de la guerre entre Israël et le Hamas, une corrélation qui brouille dangereusement les frontières entre critique politique légitime et haine antijuive. L’indifférence, soulignent-ils, équivaut à une acceptation tacite, rendant plus difficile la protection des communautés juives sur le continent.
Ces dynamiques croisées dessinent un paysage instable pour l’avenir du lien entre l’État d’Israël et les diasporas. La rhétorique de la forteresse assiégée, martelée par l’extrême droite israélienne, semble à la fois accentuer la dissidence dans les franges progressistes de la diaspora occidentale, approfondir les clivages sociétaux israéliens et alimenter, par ricochet, un terreau antisémite en Europe. L’équation classique qui faisait d’un Israël militairement fort le garant ultime de la sécurité juive mondiale est aujourd’hui contestée sur plusieurs fronts, ouvrant la voie à une recomposition profonde des solidarités juives transatlantiques.
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Selon un rapport annuel du Jewish People Policy Institute, 55 % des Israéliens considèrent la polarisation interne et le risque de guerre civile comme la menace la plus grave pour la survie de l'État. Les lois de la coalition favorisant les ultra-orthodoxes réfractaires à la conscription, les tensions entre Arabes et Juifs et les fractures autour du service des femmes dans les blindés érodent la cohésion nationale plus que n'importe quel ennemi extérieur.
Lors de la parade annuelle pour Israël à New York, des ministres et députés de la droite israélienne ont été accueillis par des cris de 'criminel de guerre' de la part de communautés juives progressistes dénonçant le génocide à Gaza. La fracture ne traverse pas seulement la société israélienne, elle déchire la diaspora juive elle-même, avec des voix toujours plus nombreuses qui rompent ouvertement avec les politiques de l'État hébreu.
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