
Terres rares et commerce : l’Occident uni sur les minerais, divisé sur la riposte à la Chine
Le G7 plafonne la dépendance aux terres rares, l’UE débat de nouveaux instruments de défense commerciale : l’Occident cherche une riposte coordonnée face à Pékin, entre fermeté affichée et craintes allemandes d’un conflit ouvert.
Réunis à Évian, les dirigeants du G7 ont fixé un objectif inédit : d’ici 2030, aucun pays ne devra fournir plus de 60 % des importations de terres rares et d’aimants permanents, avec une ambition à long terme de 50 %. Sans nommer la Chine, la déclaration vise Pékin, qui contrôle plus de 90 % de la transformation de ces minerais. Pékin a défendu ses contrôles à l’exportation, dénonçant des « blocs économiques exclusifs ». Le Brésil, lui, y voit une opportunité : l’aile développmentaliste du gouvernement entend conditionner l’accès à ses réserves de lithium et de niobium à des investissements dans le raffinage et la technologie, dans le cadre de négociations avec Washington, Bruxelles et Tokyo.
Au Conseil européen de Bruxelles, les Vingt-Sept ont débattu des « déséquilibres macroéconomiques mondiaux », euphémisme pour la Chine. Le déficit commercial a bondi de 15 % en 2025, à 360 milliards d’euros, et pourrait atteindre 500 milliards en 2027. Le premier ministre luxembourgeois a parlé de « menace existentielle ». Paris, Varsovie, Stockholm, La Haye et Copenhague réclament de nouveaux instruments de défense commerciale, sur le modèle des enquêtes américaines, pour contrer subventions et surcapacités. Les Pays-Bas veulent des « leviers de pression économique ». Mais le premier ministre belge a mis en garde contre le protectionnisme, et la Commission est invitée à utiliser d’abord les outils antidumping existants.
L’Allemagne illustre les divisions. Le chancelier Merz, évitant de nommer la Chine, a rejeté les quotas d’importation, craignant la colère du patronat. L’industrie allemande subit pourtant le « China shock 2.0 » dans la chimie, l’automobile et les machines-outils. Cette prudence, dictée par une dépendance commerciale encore forte, contraste avec les appels à la fermeté de certains à Berlin. La position de Merz est fragilisée par son isolement dans la bataille budgétaire européenne : seize États membres s’opposent à ses demandes d’austérité, limitant sa marge de manœuvre sur le dossier chinois.
L’urgence est palpable : dix mille emplois disparaîtraient chaque mois en Europe. L’objectif 2030 du G7 paraît tardif face à une Chine qui renforce son emprise. Reste la question du financement de la diversification : qui paiera le surcoût du « de-risking » ? Officiellement, le dialogue reste privilégié, mais le soutien chinois à la Russie et la guerre commerciale larvée rendent un affrontement plausible. L’Europe, écartelée entre dépendance et autonomie stratégique, doit transformer ses diagnostics en actes, sous peine d’être reléguée dans la compétition entre Washington et Pékin.
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L'Union européenne est prise dans une double crise : le modèle économique chinois, fondé sur des subventions étatiques et une concurrence déloyale, creuse le déficit commercial et menace les économies libres. Parallèlement, la bataille budgétaire – l'Allemagne refusant de nouveaux emprunts et exigeant des économies – risque de paralyser Bruxelles. Les dirigeants appellent à un front uni et à la fin de la naïveté, tandis que le G7 tente de réduire la dépendance aux matières premières critiques contrôlées par Pékin.
L'accord du G7 sur les terres rares irrite la Chine, mais le Brésil y voit une opportunité stratégique. L'aile développementaliste du gouvernement considère cette initiative comme une validation de la nécessité d'un plus grand pouvoir de coordination de l'État sur le secteur. Le pays négocie des accords avec les États-Unis, l'UE et le Japon, renforçant ainsi son pouvoir de négociation dans la réorganisation des chaînes d'approvisionnement mondiales.
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