
El Niño s’installe : l’Amérique latine en première ligne face aux perturbations climatiques
Le phénomène climatique, officiellement déclaré en juin, pourrait atteindre une intensité « très forte » d’ici la fin 2026, menaçant récoltes, infrastructures et prix alimentaires mondiaux.
L’arrivée d’El Niño a été confirmée en juin par le Centre de prévision climatique (CPC) des États-Unis, et les modèles indiquent un renforcement rapide. Selon l’agence américaine, la probabilité que l’épisode atteigne la catégorie « très fort » entre octobre et décembre est de 81 %, avec une persistance jusqu’au printemps 2027. L’Organisation météorologique mondiale le compare déjà aux événements de 1982-83, 1997-98 et 2015-16, les plus destructeurs de l’ère moderne. Les économistes de JPMorgan Chase, cités par la presse financière mexicaine, anticipent une volatilité accrue des marchés agricoles, tandis que le département américain de l’Agriculture prévoit une hausse des prix alimentaires pouvant atteindre 4,7 % en 2026, et jusqu’à 8,4 % pour le sucre et le cacao.
En Amérique du Sud, les alertes se multiplient. L’association colombienne du commerce extérieur (Analdex) estime que huit des dix principaux produits agricoles d’exportation du pays – café, banane, fleurs, avocat, huile de palme, sucre – sont exposés aux anomalies de précipitations. Les premières floraisons de caféiers ont déjà souffert des pluies excessives du début d’année, laissant présager une baisse de production. En Argentine, les services météorologiques prévoient des cumuls de pluie pouvant atteindre 300 millimètres en un seul épisode dans le nord-est et le centre du pays, avec un risque de grêle et de vents violents dès la seconde quinzaine d’août. La province de Santa Fe a débloqué un fonds d’urgence de 10 milliards de pesos pour coordonner la réponse des municipalités.
Le Brésil ressent déjà les premiers effets. L’Institut national de météorologie (Inmet) a émis des alertes de tempête pour le Rio Grande do Sul à partir de ce jeudi 16 juillet, avec des rafales pouvant dépasser 100 km/h et des cumuls de pluie de 200 à 400 millimètres en dix jours. Les autorités de défense civile de l’État signalent un risque hydrologique modéré à élevé dans le sud, et des mesures préventives sont en cours à Uruguaiana et Santa Maria. Les secteurs agricole et d’élevage sont particulièrement vulnérables : les fortes pluies pourraient compromettre les semis, réduire la qualité des pâturages et entraver le transport des intrants.
Au Mexique, l’attention se porte sur la sécurité hydrique et l’inflation. Le Service météorologique national mexicain prévoit une saison des pluies estivale déficitaire dans le centre, le sud et le sud-est, avec des vagues de chaleur plus sévères. La production de maïs et de haricots, cultures de subsistance, pourrait subir des pertes comparables à celles de 1997-98, où 2 millions d’hectares avaient été sinistrés. La presse économique mexicaine souligne un paradoxe : les importations américaines de sucre mexicain viennent d’être relevées de 512 %, mais la canne à sucre est justement l’une des cultures les plus sensibles à la sécheresse associée à El Niño.
Les incertitudes demeurent quant à la trajectoire exacte du phénomène. Les météorologues rappellent que chaque épisode est unique et que les conditions pourraient encore ralentir ou s’accélérer dans les prochains mois. Les dégâts économiques du dernier grand El Niño (2015-2016) ont été évalués à plus de 7 800 milliards de dollars par une étude de Dartmouth College, avec des effets prolongés sur plusieurs années. Pour l’heure, les gouvernements latino-américains en sont au stade de la préparation et de la surveillance, sans bilan humain ou matériel consolidé.
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