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Géopolitique et Politiquevendredi 26 juin 2026

De Tunis à Mogadiscio, la justice mise au service de la répression des voix critiques

La condamnation de l’opposante tunisienne Sihem Bensedrine à 25 ans de prison et l’incarcération d’une jeune Somalienne pour des propos en ligne illustrent un recul des libertés d’expression dans plusieurs pays africains.

Dans la nuit du jeudi 26 au vendredi 27 juin, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis a condamné Sihem Bensedrine, ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD), à 25 ans de prison. La militante des droits humains, âgée de 75 ans, était poursuivie pour des irrégularités présumées dans la finalisation du rapport final de l’IVD et pour des faits liés au contentieux de la Banque franco-tunisienne (BFT). Selon son avocat, la peine se décompose en 5 ans pour abus de fonction afin d’avantager un tiers et 20 ans pour falsification du rapport et préjudice à l’administration. L’intéressée a immédiatement annoncé son intention de faire appel, qualifiant la décision de « sans rapport avec la justice » et l’inscrivant dans la volonté d’un « régime totalitaire » d’effacer l’héritage de l’IVD.

À Mogadiscio, un autre verdict a suscité l’indignation. Le 25 juin, Sadia Moalim Ali, une jeune mère de famille et conductrice de rickshaw, a été condamnée à trois ans de prison pour avoir critiqué sur les réseaux sociaux le gouvernement fédéral somalien, dénonçant le chômage des jeunes, la hausse des prix du carburant et la corruption. Poursuivie initialement pour insulte aux institutions et incitation à commettre un crime, elle n’a été reconnue coupable que du premier chef. D’anciens hauts responsables, dont l’ex-président Sharif Sheikh Ahmed et l’ex-premier ministre Hassan Ali Khaire, ont dénoncé une condamnation « politiquement motivée » et « fondamentalement injuste ». La Coalition des défenseurs somaliens des droits humains a exigé sa libération immédiate, dénonçant une attaque grave contre la liberté d’expression et un schéma de discrimination systématique envers les femmes militantes.

Ces deux affaires, bien que distinctes par leur contexte national, sont perçues par de nombreuses organisations de défense des droits humains comme les symptômes d’un durcissement plus large. En Tunisie, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a jugé les accusations contre Mme Bensedrine « infondées », rappelant que la loi tunisienne prévoit qu’aucun membre de l’IVD ne peut être tenu responsable du contenu des rapports produits. Pour des médias algériens comme Le Matin d’Algérie, cette condamnation est le « symbole du système autoritaire de Kaïs Saïed » et s’inscrit dans une dérive qui s’accélère depuis le coup de force institutionnel du 25 juillet 2021. Des ONG locales et internationales dénoncent une régression des droits et libertés dans ce qui fut le berceau du Printemps arabe, tandis qu’en Somalie, les autorités sont accusées depuis 2022 de mener une répression systématique contre les journalistes, les activistes et toute voix dissidente, en recourant à des arrestations arbitraires et à des actes d’intimidation.

Le procès de Sihem Bensedrine revêt une dimension particulière car il touche au cœur du processus de justice transitionnelle post-révolution de 2011. L’IVD, créée pour documenter les violations des droits humains commises entre 1955 et 2013, avait publié en 2019 un rapport final appelant à démanteler un « système de corruption, de répression et de dictature » au sein des institutions tunisiennes. Ce travail, salué par certains comme une avancée historique, avait aussi été fortement contesté sur le plan politique. Aujourd’hui, selon des observateurs maghrébins, la condamnation de son ancienne présidente vise à délégitimer ce rapport et à dissuader toute velléité de reddition de comptes. En Somalie, la détention de Sadia Moalim Ali, qui affirme avoir subi des actes de torture en prison, illustre, d’après les défenseurs des droits humains, une volonté de faire taire les critiques sur la gestion gouvernementale, en particulier celles émanant de femmes.

Sur le plan judiciaire, les deux dossiers ne sont pas clos. La défense de Sihem Bensedrine a annoncé qu’elle contestera le verdict devant les juridictions supérieures tunisiennes. En Somalie, l’avocat de Sadia Moalim Ali a rejeté le jugement et confirmé l’intention de faire appel. Ces procédures seront suivies avec attention par les chancelleries occidentales et les organisations internationales, alors que la question du respect de l’État de droit et des libertés fondamentales s’impose comme un point de tension croissant dans les relations entre ces pays et leurs partenaires européens et nord-américains.

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Presse atlantique / anglosphèrePresse européenne continentale
Presse atlantique / anglosphère/ Progressiste
IndignationAlarme

La condamnation à trois ans de prison d'une jeune Somalienne pour avoir critiqué le gouvernement sur les réseaux sociaux est une attaque injuste et scandaleuse contre la liberté d'expression. L'affaire a provoqué l'indignation publique et met en lumière les tactiques répressives utilisées pour faire taire la dissidence dans le pays.

Presse européenne continentale/ Méditerranéenne
IndignationRevanchisme

La condamnation à 25 ans de prison de la militante tunisienne des droits humains Sihem Bensedrine est un exemple frappant de la dérive autoritaire sous le président Kaïs Saïed. Le verdict, qu'elle a dénoncé comme n'ayant rien à voir avec la justice, vise à démanteler l'héritage de l'Instance Vérité et Dignité post-révolutionnaire et à écraser les voix critiques.

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De Tunis à Mogadiscio, la justice mise au service de la répression des voix critiques

La condamnation de l’opposante tunisienne Sihem Bensedrine à 25 ans de prison et l’incarcération d’une jeune Somalienne pour des propos en ligne illustrent un recul des libertés d’expression dans plusieurs pays africains.

Dans la nuit du jeudi 26 au vendredi 27 juin, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis a condamné Sihem Bensedrine, ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD), à 25 ans de prison. La militante des droits humains, âgée de 75 ans, était poursuivie pour des irrégularités présumées dans la finalisation du rapport final de l’IVD et pour des faits liés au contentieux de la Banque franco-tunisienne (BFT). Selon son avocat, la peine se décompose en 5 ans pour abus de fonction afin d’avantager un tiers et 20 ans pour falsification du rapport et préjudice à l’administration. L’intéressée a immédiatement annoncé son intention de faire appel, qualifiant la décision de « sans rapport avec la justice » et l’inscrivant dans la volonté d’un « régime totalitaire » d’effacer l’héritage de l’IVD.

À Mogadiscio, un autre verdict a suscité l’indignation. Le 25 juin, Sadia Moalim Ali, une jeune mère de famille et conductrice de rickshaw, a été condamnée à trois ans de prison pour avoir critiqué sur les réseaux sociaux le gouvernement fédéral somalien, dénonçant le chômage des jeunes, la hausse des prix du carburant et la corruption. Poursuivie initialement pour insulte aux institutions et incitation à commettre un crime, elle n’a été reconnue coupable que du premier chef. D’anciens hauts responsables, dont l’ex-président Sharif Sheikh Ahmed et l’ex-premier ministre Hassan Ali Khaire, ont dénoncé une condamnation « politiquement motivée » et « fondamentalement injuste ». La Coalition des défenseurs somaliens des droits humains a exigé sa libération immédiate, dénonçant une attaque grave contre la liberté d’expression et un schéma de discrimination systématique envers les femmes militantes.

Ces deux affaires, bien que distinctes par leur contexte national, sont perçues par de nombreuses organisations de défense des droits humains comme les symptômes d’un durcissement plus large. En Tunisie, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a jugé les accusations contre Mme Bensedrine « infondées », rappelant que la loi tunisienne prévoit qu’aucun membre de l’IVD ne peut être tenu responsable du contenu des rapports produits. Pour des médias algériens comme Le Matin d’Algérie, cette condamnation est le « symbole du système autoritaire de Kaïs Saïed » et s’inscrit dans une dérive qui s’accélère depuis le coup de force institutionnel du 25 juillet 2021. Des ONG locales et internationales dénoncent une régression des droits et libertés dans ce qui fut le berceau du Printemps arabe, tandis qu’en Somalie, les autorités sont accusées depuis 2022 de mener une répression systématique contre les journalistes, les activistes et toute voix dissidente, en recourant à des arrestations arbitraires et à des actes d’intimidation.

Le procès de Sihem Bensedrine revêt une dimension particulière car il touche au cœur du processus de justice transitionnelle post-révolution de 2011. L’IVD, créée pour documenter les violations des droits humains commises entre 1955 et 2013, avait publié en 2019 un rapport final appelant à démanteler un « système de corruption, de répression et de dictature » au sein des institutions tunisiennes. Ce travail, salué par certains comme une avancée historique, avait aussi été fortement contesté sur le plan politique. Aujourd’hui, selon des observateurs maghrébins, la condamnation de son ancienne présidente vise à délégitimer ce rapport et à dissuader toute velléité de reddition de comptes. En Somalie, la détention de Sadia Moalim Ali, qui affirme avoir subi des actes de torture en prison, illustre, d’après les défenseurs des droits humains, une volonté de faire taire les critiques sur la gestion gouvernementale, en particulier celles émanant de femmes.

Sur le plan judiciaire, les deux dossiers ne sont pas clos. La défense de Sihem Bensedrine a annoncé qu’elle contestera le verdict devant les juridictions supérieures tunisiennes. En Somalie, l’avocat de Sadia Moalim Ali a rejeté le jugement et confirmé l’intention de faire appel. Ces procédures seront suivies avec attention par les chancelleries occidentales et les organisations internationales, alors que la question du respect de l’État de droit et des libertés fondamentales s’impose comme un point de tension croissant dans les relations entre ces pays et leurs partenaires européens et nord-américains.

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La condamnation à 25 ans de prison de la militante tunisienne des droits humains Sihem Bensedrine est un exemple frappant de la dérive autoritaire sous le président Kaïs Saïed. Le verdict, qu'elle a dénoncé comme n'ayant rien à voir avec la justice, vise à démanteler l'héritage de l'Instance Vérité et Dignité post-révolutionnaire et à écraser les voix critiques.

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