
Aux urgences de l’âme, le soignant oublié
De Jakarta à Buenos Aires, la quête de limites personnelles redessine les contours du soin, entre épuisement professionnel et réinvention des rôles familiaux.
Dans le service des urgences d’un hôpital de Manhattan, une infirmière termine son tour de douze heures sans s’être accordé une pause. Elle a vidé toutes les poches de drainage de ses patients, vérifié chaque cathéter, répondu à chaque sonnerie. La vessie douloureuse, la gorge sèche, elle repousse le moment de s’asseoir. Ce tableau, dressé par la psychiatre new-yorkaise Judith Joseph, n’est pas une exception clinique : il incarne un profil que les spécialistes de la santé mentale, de l’Argentine à l’Indonésie, nomment désormais « dépression à haut fonctionnement ». Une pathologie de l’effacement de soi, où l’apparente productivité masque un vide intérieur que ni une promotion ni un changement d’emploi ne suffisent à combler.
L’Amérique latine apporte à ce constat une réponse pragmatique. Une équipe de psychologues argentins a publié un guide en dix points pour apprendre à dire non sans culpabilité, destiné autant aux cadres intermédiaires qu’aux mères de famille. Le premier conseil consiste à différer toute réponse par une phrase neutre, afin d’éviter l’acceptation sous pression. Les auteurs insistent sur la nécessité de hiérarchiser son propre agenda avant d’examiner les demandes extérieures, et de formuler des refus brefs, sans justification excessive, pour ne pas affaiblir sa posture. Dans la sphère domestique, ils recommandent d’exprimer clairement ses limites de temps, car trop d’explications fragilisent la position adoptée. L’entraînement à l’assertivité passe aussi par l’essai de réponses négatives courtes et fermes, diminuant ainsi la culpabilité liée à la préservation de l’espace personnel.
En Asie du Sud-Est, le débat se déplace vers la sphère familiale. Lors de la Journée nationale de la famille, célébrée fin juin 2026 à Yogyakarta, le ministre indonésien de la Population et du Développement familial, Wihaji, a mis en garde contre le phénomène du « fatherless country » : des pères physiquement présents mais psychologiquement absents. Il a appelé à renforcer les trois piliers que sont la santé, l’éducation au caractère et la résilience mentale, soulignant que le fardeau de l’éducation ne peut reposer sur les seules mères. Dans le même pays, un dépistage gratuit mené auprès de sept millions d’enfants a révélé que 10 % d’entre eux présentaient des symptômes d’anxiété ou de dépression, un chiffre qui a conduit les obstétriciens et pédopsychologues à insister sur l’investissement émotionnel dès la grossesse et sur la qualité des interactions quotidiennes plutôt que sur leur durée.
Les perspectives africaines et les traditions spirituelles élargissent encore le cadre. Au Ghana, des magazines consacrés à la parentalité conseillent aux mères de repérer leurs déclencheurs de stress, de porter des bouchons d’oreilles atténuant le bruit et de s’accorder des plages de « off-duty » hebdomadaires, pendant lesquelles elles ne sont pas en service parental. Un article paru au Bangladesh rappelle, en s’appuyant sur le Coran et la Sunna, que la gratitude, la modération dans la dépense et la pratique régulière de la prière constituent des remparts contre l’épuisement de l’âme, et que la patience transforme les crises en tremplins. Ces prescriptions, venues d’horizons culturels distincts, convergent vers une même idée : le soin de soi n’est pas un luxe individualiste mais une condition de la durabilité du lien à l’autre.
Dans les entreprises occidentales, cette prise de conscience se heurte à la culture de la performance silencieuse. Une employée australienne, « performeuse discrète » selon ses propres termes, raconte avoir assumé des responsabilités de direction durant une restructuration sans que sa contribution soit reconnue lors de l’attribution officielle des postes. La chroniqueuse du Sydney Morning Herald lui recommande de tenir un journal de ses réussites et d’en faire état lors des entretiens individuels, non par vanité mais pour que son travail soit évalué à sa juste mesure. La psychiatre new-yorkaise, elle, invite ses patients à se confronter au pire scénario : que se passerait-il vraiment s’ils cessaient de répondre aux courriels le week-end ? L’infirmière des urgences, ce jour-là, a fini par s’asseoir cinq minutes dans la salle de repos vide, les yeux fixés sur le distributeur d’eau sans oser s’en approcher, comme si le simple fait de se désaltérer constituait une transgression.
| Presse latino-américaine | 0.00 | neutral |
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| Presse africaine subsaharienne | +0.20 | neutral |
Argentine mental health experts offer a practical guide to learning to say no without guilt, as a tool for self-care.
The article relies on the authority of specialists and data linking the inability to refuse to increased chronic burnout, making the advice plausible.
From personal experience, it is asserted that being selfish in your twenties is necessary to not lose yourself, and that setting boundaries is an act of self-love.
Using first-person stories and appealing to universal emotions of disappointment and empowerment, the message becomes relatable and convincing.
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