
Amérique latine : la reprise économique affiche des fractures sociales béantes
Argentine, Mexique, Brésil : les derniers indicateurs de croissance et d’inflation révèlent des dynamiques sectorielles et sociales de plus en plus divergentes.
Le produit intérieur brut argentin a progressé de 2,3 % en glissement annuel au premier trimestre 2026, porté par les exportations agricoles, minières et énergétiques. Ce chiffre, célébré par le président Javier Milei, contraste pourtant avec une dégradation continue des conditions de vie : le chômage atteint 7,8 % contre 5,7 % à son arrivée au pouvoir, l’informalité touche 44 % des actifs et les impayés bancaires des ménages culminent à leur plus haut niveau en vingt ans. Les économistes de Buenos Aires soulignent que la croissance du secteur extractif, qui bénéficie d’exonérations fiscales trentenaires, ne se traduit ni par des créations d’emplois significatives ni par une amélioration du pouvoir d’achat intérieur.
Au Mexique, l’inflation a surpris favorablement en s’établissant à 3,55 % sur un an durant la première quinzaine de juin, son plus bas niveau depuis octobre 2025. Cette décrue est toutefois imputable à l’effondrement des prix des produits agricoles volatils, comme la tomate ou le piment, tandis que l’inflation sous-jacente reste bloquée à 4,12 %, tirée par les services. Les analystes de la place financière mexicaine mettent en garde contre un optimisme excessif : la rigidité des prix des services, liée à la demande touristique et aux hausses salariales, pourrait maintenir les pressions inflationnistes au-delà des prévisions de la banque centrale, qui devrait laisser son taux directeur inchangé à 6,50 %.
Le Brésil illustre de manière encore plus crue l’impact différencié de l’inflation selon les revenus. En mai, la hausse des prix pour les ménages les plus pauvres (0,83 %) a été plus du double de celle subie par les plus aisés (0,38 %), sous l’effet de l’alimentation à domicile et de l’électricité. Les instituts de recherche brésiliens notent que la flambée des prix alimentaires, la plus forte pour un mois de mai depuis 2008, et la persistance de coûts de transport élevés, malgré le repli récent du pétrole, pèsent lourdement sur les budgets modestes. Le gouvernement Lula, en année électorale, a multiplié les mesures de contrôle des carburants, mais les risques climatiques liés à El Niño pourraient compromettre les récoltes et relancer les tensions sur les prix.
De l’autre côté de l’Atlantique, l’Espagne affiche une croissance trimestrielle de 0,6 %, tirée par la consommation des ménages et les dépenses publiques. Mais cette expansion repose avant tout sur l’augmentation de la population due à l’immigration, et non sur un regain de pouvoir d’achat individuel : en termes réels, la consommation par habitant reste inférieure de 8 % à la moyenne européenne. La productivité horaire progresse, signe d’une modernisation, mais l’investissement stagne, reflétant les incertitudes géopolitiques.
Ces données dessinent un paysage économique où les agrégats macroéconomiques peinent à rendre compte des réalités vécues. La prochaine décision de politique monétaire de la Banque du Mexique, le 25 juin, et l’évolution des prix alimentaires au Brésil sous l’effet du climat fourniront des tests immédiats de la résilience de ces trajectoires divergentes.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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L'inflation mexicaine est retombée à 3,55% début juin, s'inscrivant dans la fourchette cible de la banque centrale pour la deuxième quinzaine consécutive, portée par la baisse des prix agricoles. Pourtant, la croissance argentine de 2,3% en glissement annuel masque de profondes fractures sectorielles et sociales : tandis que l'agro-exportation et la finance bondissent, l'industrie manufacturière et le commerce de détail reculent et le pouvoir d'achat s'érode.
La baisse de l'inflation mexicaine à 3,55% est accueillie avec scepticisme, car les prix des services restent rigides et l'optimisme officiel rappelle ces assurances qui précèdent souvent de mauvaises surprises. Le récit du succès semble prématuré face aux pressions persistantes sur les coûts, à l'image des démentis sur les flambées des carburants entendus ailleurs.
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