
Course aux data centers : l’intelligence artificielle met les réseaux électriques sous tension
Le retrait de Meta de l’initiative RE100 révèle une contradiction croissante entre expansion numérique et engagements climatiques, tandis que l’Amérique latine et l’Europe peinent à encadrer ces infrastructures voraces.
L’annonce du départ de Meta de l’initiative RE100, qui réunit des entreprises engagées à s’approvisionner exclusivement en électricité renouvelable, marque un tournant dans la course aux centres de données. Le groupe de Mark Zuckerberg justifie ce retrait par ses investissements dans de nouvelles centrales à gaz destinées à alimenter ses infrastructures, à l’instar de Microsoft qui a signé un accord avec Chevron pour un centre au Texas, ou de Google, également lié à des projets similaires. Cet infléchissement vers les énergies fossiles, en plein boom de l’intelligence artificielle, compromet les objectifs de réduction d’émissions : Microsoft a vu les siennes bondir de 25 % en un an, à plus de 20 millions de tonnes équivalent CO₂.
L’empreinte environnementale de ces complexes dépasse la seule question climatique. Au Mexique, où la demande électrique a atteint un record de 54 300 MW, l’opérateur CFE reconnaît que les nouveaux parcs industriels et les data centers consomment jusqu’à trente fois plus que les anciens. Un seul centre de « hyperéchelle » peut utiliser 19 millions de litres d’eau par jour, soit la consommation d’une ville de 50 000 habitants, et les communautés de l’État de Querétaro, déjà en stress hydrique, dénoncent coupures d’eau et pannes électriques à répétition. Aux États-Unis, le mécontentement grandit face aux subventions publiques accordées dans l’opacité et à l’illusion de retombées économiques locales.
L’Europe n’est pas épargnée. En Italie, les demandes de raccordement au réseau haute tension émanant de centres de données totalisent 96 GW, soit 160 fois la puissance installée actuelle, et représentent 88 % des nouvelles capacités sollicitées. Si beaucoup de projets restent spéculatifs, la dynamique rappelle l’Irlande, où ces infrastructures absorbent déjà près d’un quart de l’électricité nationale. Le gestionnaire de réseau Terna doit anticiper un afflux susceptible de déstabiliser l’équilibre offre-demande et de renchérir les coûts pour les autres consommateurs.
Le vide réglementaire aggrave ces tensions. Là où l’Union européenne impose des normes strictes, l’Amérique latine (Brésil, Mexique, Chili, Argentine) voit s’implanter des installations sans consultation des populations ni évaluation d’impact sérieuse, selon plusieurs analystes de la région. Les appels à une transparence totale sur les contrats, à une planification limitant la pression sur l’eau et l’électricité de chaque territoire, et à un recours systématique aux énergies renouvelables se multiplient. Les débats à venir sur la directive européenne relative à l’efficacité énergétique des centres de données, tout comme les initiatives législatives en Amérique latine, indiquent une prise de conscience qui tarde encore à se traduire en actes.
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