
Colombie : le président élu lance la renégociation de la dette pour éviter la crise budgétaire
Abelardo de la Espriella envoie son ministre des Finances à Washington pour refinancer une dette publique à son plus haut niveau historique, tout en promettant une cure d’austérité.
Le président élu colombien, Abelardo de la Espriella, a annoncé le 2 juillet l’envoi de son futur ministre des Finances, Miguel Gómez, à Washington pour entamer des négociations avec les banques internationales et les institutions financières multilatérales. L’objectif : refinancer une dette publique nette qui a atteint 61,5 % du PIB au premier trimestre 2025, un niveau historiquement élevé selon les données du ministère des Finances. Cette initiative vise à améliorer les échéances et les taux d’intérêt, afin de soulager des finances publiques sous pression.
La situation budgétaire est jugée critique par la nouvelle équipe. Miguel Gómez a estimé le déficit fiscal entre 7 % et 8 % du PIB, bien au-dessus des chiffres officiels, et a évoqué un besoin de financement d’environ 70 000 milliards de pesos. Le Comité autonome de la règle budgétaire (CARF) prévoit un déficit de 7,4 % pour 2026 et alerte sur un manque de 39 600 milliards de pesos. Face à cela, le gouvernement entrant promet un ajustement drastique : une coupe d’au moins 60 000 milliards de pesos dans le budget, avant même d’envisager une réforme fiscale. « L’État doit réduire sa taille », a déclaré le ministre désigné.
Contrairement à l’administration sortante, la future équipe entend utiliser la fiscalité pour stimuler l’investissement, tombé à 16-17 % du PIB, l’un des niveaux les plus bas de l’histoire du pays. Une réforme tributaire, si elle a lieu, viserait à rééquilibrer la charge fiscale, aujourd’hui concentrée sur les entreprises, en élargissant l’assiette des personnes physiques. Les subventions sociales seront maintenues mais mieux ciblées, afin d’éviter que des ménages non nécessiteux en bénéficient.
Les marchés et les institutions multilatérales observent avec attention ces premiers signaux. Le vice-président élu, José Manuel Restrepo, a déjà rencontré la Banque mondiale pour mettre en place un agenda de coopération sur l’investissement et le financement de projets stratégiques. Dans les milieux financiers latino-américains, on souligne que la crédibilité du plan dépendra de la capacité du nouveau gouvernement à présenter un budget 2027 crédible et à contenir le recours accéléré aux émissions de dette interne, qui a déjà consommé 78 % du plafond autorisé pour l’année.
Les discussions de Washington, qui débuteront dans les prochains jours, constituent le premier test de la diplomatie financière du président élu, qui prendra ses fonctions le 7 août. La réussite de ce refinancement conditionnera la marge de manœuvre budgétaire et la confiance des investisseurs, alors que le pays doit encore financer plus de la moitié de son budget 2026. Le dépôt d’un projet de loi de finances rectificative et les arbitrages sur la réforme fiscale seront les prochains rendez-vous à suivre.
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