
Chaleur torride et ferveur K-pop : la mode masculine milanaise entre évasion et épure
Sous une canicule écrasante, les défilés milanais ont oscillé entre la poésie méditerranéenne d’Armani et la rigueur clinique de Prada, tandis que les fans de K-pop bravaient l’asphalte.
La scène a de quoi surprendre le visiteur habitué aux chorégraphies feutrées de la mode milanaise. En cette fin de semaine de juin, une chaleur torride écrase la ville, vidant les présentations statiques de leurs acheteurs et journalistes, rapporte la presse italienne. Pourtant, devant les portes de Prada et de Tod’s, des centaines de très jeunes gens hurlent pendant des heures, brandissant des pancartes colorées. Ils ne sont pas là pour les vêtements, mais pour apercevoir Han, rappeur sud-coréen et nouvel ambassadeur de Tod’s, ou Jaehyun, idole du groupe ENHYPEN invitée par Prada. Le champagne reste sur les plateaux ; ce que l’on s’arrache, c’est la bouteille d’eau glacée. Le ventilateur devient l’accessoire le plus prisé de cette Fashion Week masculine, où le mythe de la « villeggiatura » – la fuite estivale vers la mer ou la montagne – s’invite jusque dans les récits créatifs.
Dans la cour du Palazzo Orsini, Giorgio Armani, absent physiquement mais « toujours présent » selon ses collaborateurs, fait souffler un vent méditerranéen. Leo Dell’Orco pour l’homme et Silvana Armani pour la première collection Cruise femme présentée en passerelle, composent un hommage à Pantelleria, aux routes commerciales et aux couleurs délavées par le sel et le soleil. Les observateurs italiens décrivent une salve d’applaudissements sincères, teintée de soulagement : la transition stylistique s’opère dans la continuité d’un savoir-faire fait de saharianes fluides, de pantalons smilzi et de bleus cobalts. Les rumeurs d’une arrivée imminente du designer Dario Vitale chez Emporio Armani, insistantes dans les couloirs, sont catégoriquement démenties par Dell’Orco. La maison défend ainsi un équilibre entre héritage et renouvellement, loin des ruptures spectaculaires.
À quelques kilomètres de là, dans la Torre de la Fondazione Prada, Miuccia Prada et Raf Simons proposent une vision radicalement opposée. Le défilé se déroule dans un labyrinthe blanc, sur un podium lumineux, face à des sièges transparents éclairés par en dessous. L’atmosphère, note la presse indonésienne, évoque moins un show qu’une expérience clinique de dissection du vêtement. La collection, intitulée « Clarity », réduit les basiques masculins – jeans, blousons, t-shirts – à leur structure essentielle, supprimant broderies et décorations pour mieux exalter les proportions. Les silhouettes sont skinny, linéaires, presque ascétiques. Selon les analyses venues d’Asie du Sud-Est, cette recherche de précision et de netteté pourrait rencontrer un écho particulier sur les marchés asiatiques, où la discipline visuelle et les morphologies élancées demeurent des références plus stables que les volumes oversize longtemps dominants en Occident. De petits sacs suspendus aux passants de ceinture introduisent toutefois une perturbation : une fois remplis, préserveront-ils la ligne impeccable de ces pantalons étroits, ou la gravité viendra-t-elle briser l’épure ?
Au-delà de ces deux pôles, la semaine milanaise a vu émerger des signaux convergents. Les médias russes, relayant un classement des tendances 2026, mettent en avant les robes nuisettes, les perles, la couleur aigue-marine, le satin et le lin – autant d’éléments qui trouvent un écho dans les collections présentées, du lin et de la soie chez MooRer aux pantalons fluides d’Armani. Dans un registre plus stratégique, le groupe Prada a annoncé le projet PradaGalleria : à partir de septembre, ses boutiques homme et femme, la pâtisserie Marchesi 1824 et l’Osservatorio de la Fondation seront réunis sous la coupole de la Galleria Vittorio Emanuele II, reliés par un tunnel souterrain, pour créer un écosystème mêlant culture, gastronomie et shopping. Une manière, pour une maison dont les revenus nets ont dépassé 5,5 milliards d’euros en 2025, d’ancrer son expansion dans le lieu même de ses origines. Reste une image persistante : celle de ces jeunes fans de K-pop, indifférents à la chaleur comme aux hiérarchies du goût, qui rappellent que la mode, aujourd’hui, se joue aussi sur un échiquier mondial où la ferveur numérique dicte ses propres fronts rows.
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Les médias russes ignorent les défilés milanais et proposent des conseils pratiques de mode estivale : chignons bas lisses, cascades texturées, teintes blond beurre et pantalons à la place des jeans. L'accent est mis sur les tendances accessibles pour la consommatrice locale.
La presse européenne continentale raconte une Fashion Week milanaise suspendue par une chaleur record, où les éventails coréens ont remplacé les flûtes de champagne. Le défilé méditerranéen d'Armani et la clarté curatoriale de Prada ont marqué les esprits, tandis qu'une protestation anti-luxe a ajouté une note de scepticisme.
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