
Budgets sous tension : entre déficits records et relance énergétique, le Sud global à l’épreuve
Du Nigeria à l’Indonésie en passant par le Brésil, les arbitrages budgétaires de 2026-2027 révèlent des États pris en étau entre ambitions développementalistes, chocs géopolitiques et discipline financière introuvable.
L’alerte la plus vive vient d’Afrique de l’Ouest. Au Nigeria, l’organisation civique BudgIT a qualifié le budget 2026 d’« ambitieux mais irréaliste », pointant un déficit de 31 500 milliards de nairas, soit 6,4 % du produit intérieur brut – plus du double du plafond de 3 % imposé par la loi sur la responsabilité budgétaire. Avec à peine 53,9 % des dépenses couvertes par des recettes réelles, la première économie du continent s’enfonce dans un déséquilibre structurel que les observateurs jugent désormais « ancré » dans la gestion des finances publiques. Ce constat sévère illustre une dépendance chronique aux emprunts, dans un contexte où la marge de manœuvre des États africains francophones, souvent liés par des critères de convergence communautaires, apparaît tout aussi fragile.
À l’autre extrémité de l’arc émergent, l’Indonésie affiche une tout autre dynamique. La Commission XI du Parlement a approuvé un budget indicatif de 49 800 milliards de roupies pour le ministère des Finances en 2027, tandis que le ministère de l’Énergie et des Ressources minérales a obtenu une enveloppe de 27 330 milliards, en hausse de 26 % sur un an. Plus de 82 % de cette somme – soit 22 480 milliards – sont fléchés vers des programmes stratégiques d’infrastructures énergétiques, dont 5 200 milliards spécifiquement destinés à étendre le réseau de distribution de gaz naturel à près d’un million de foyers. Parallèlement, la Commission électorale a réservé 1 400 milliards de roupies pour lancer dès 2027 les travaux préparatoires des élections de 2029, signalant une planification de long terme qui contraste avec l’urgence nigériane.
Cette relance indonésienne par la dépense s’adosse en partie à une conjoncture géopolitique explosive. La guerre qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran a propulsé les cours du charbon thermique, dont le prix de référence a nettement grimpé en juin 2026. Le ministre Bahlil Lahadalia a ainsi annoncé un « assouplissement mesuré » des quotas de production houillère, assumant de tirer profit de la flambée des prix pour doper les recettes d’exportation. Ce pragmatisme illustre combien les pays riches en ressources naturelles peuvent transformer une crise lointaine en opportunité budgétaire, quitte à brouiller les engagements climatiques.
Au Brésil, la tonalité est plus morose. Le rapport Prisma Fiscal de juin, publié par le Secrétariat de politique économique du ministère des Finances, montre une dégradation continue des anticipations de marché : le déficit primaire du gouvernement central pour 2026 est désormais estimé à 59 milliards de réals, contre 57,8 milliards un mois plus tôt, et les projections pour 2027 se sont également assombries. Cette érosion progressive de la crédibilité budgétaire, dans un pays qui peine à contenir l’inflation, rappelle que les grands émergents latino-américains ne sont pas immunisés contre les déséquilibres qui minent les finances publiques africaines.
Pris ensemble, ces trois cas esquissent une géographie fracturée de la soutenabilité budgétaire. Là où l’Indonésie mise sur la rente minière dopée par un conflit moyen-oriental pour financer ses ambitions, le Nigeria s’enfonce dans un déficit hors norme et le Brésil voit ses marges s’éroder inexorablement. Pour les opinions publiques et les partenaires techniques européens, notamment en Afrique francophone, ces trajectoires divergentes posent une même question : jusqu’à quel point les États du Sud global peuvent-ils repousser les limites de l’orthodoxie financière avant que les marchés ne leur imposent une correction brutale ?
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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L'Indonésie mise sur le charbon alors que les prix grimpent sous l'effet des tensions mondiales. Le gouvernement assouplit les quotas de production de manière mesurée et investit massivement dans les infrastructures énergétiques, avec près d'un million de nouveaux raccordements au gaz domestique. La stratégie est présentée comme une réponse pragmatique aux opportunités du marché.
Le budget nigérian de 2026 est qualifié d'ambitieux mais irréaliste. Avec un déficit atteignant 6,4% du PIB, soit plus du double de la limite légale, le gouvernement ne peut financer qu'un peu plus de la moitié de ses dépenses par des recettes réelles. La société civile tire la sonnette d'alarme sur un plan budgétaire insoutenable et un déficit record.
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