
Brésil : le spray au poivre autorisé, la Colombie relance le cannabis
Tandis que Brasília encadre l’autodéfense féminine, Bogotá reprend le débat sur l’usage adulte du cannabis, deux réponses législatives à des demandes sociales contrastées en Amérique latine.
Le Brésil a promulgué vendredi 24 juillet 2026 une loi autorisant les femmes majeures à acquérir et détenir des aérosols d’extraits végétaux, comme le gaz poivré, à des fins d’autodéfense. Le texte, publié au Journal officiel après un vote symbolique au Sénat fin juin, exclut les mineures de 16-17 ans – un des points ayant fait l’objet d’un veto présidentiel – et impose la présentation d’une pièce d’identité, d’un justificatif de domicile et l’absence de condamnation pour crime violent. L’utilisation, restreinte aux situations de légitime défense contre une agression injuste, actuelle ou imminente, doit être modérée et cesser dès la menace neutralisée. Les contenants civils ne peuvent dépasser 50 millilitres, et l’Exécutif doit encore définir, par voie réglementaire, la concentration maximale en principe actif.
En Colombie, le Congrès examine un projet d’acte législatif visant à modifier l’article 49 de la Constitution pour autoriser le port, la consommation, la production et la commercialisation du cannabis et de ses dérivés à destination des adultes, sous réserve de licences. Porté par la coalition de gauche Pacte historique, ce texte réactive une réforme déjà débattue lors de la législature précédente, où elle avait échoué au huitième et dernier débat faute de majorité. Le projet interdit l’usage à proximité des écoles, parcs ou crèches, et prévoit des mesures sanitaires, pédagogiques et thérapeutiques fondées sur le consentement, excluant toute criminalisation ou internement forcé. Le ministère de la Santé disposerait de six mois pour élaborer une politique de prévention et d’accompagnement des consommateurs.
Ces initiatives législatives, issues de gouvernements progressistes, traduisent des préoccupations sociales prégnantes. D’après le Forum brésilien de sécurité publique, le Brésil a enregistré 1 571 féminicides en 2025, en hausse de 4 %, et 87 545 victimes de viol en 2024. En Colombie, les défenseurs de la réforme invoquent l’échec des politiques prohibitionnistes et la nécessité d’encadrer un marché déjà existant. Si le Brésil rejoint plusieurs États, comme Rio de Janeiro, ayant déjà légalisé le spray au poivre, la Colombie s’inscrirait dans le sillage de l’Uruguay et du Mexique, où l’usage adulte du cannabis est autorisé, mais avec un modèle constitutionnel distinct.
Les prochaines étapes divergent : au Brésil, l’Agence nationale de vigilance sanitaire (Anvisa) doit fixer les spécifications techniques et le gouvernement fédéral organisera un programme national de formation à l’autodéfense ; en Colombie, le projet constitutionnel devra recueillir l’appui d’autres partis pour franchir les quatre débats requis au sein d’un hémicycle fragmenté. Ces deux processus législatifs, suivis de près par les organisations de défense des droits, pourraient redessiner à moyen terme les contours de la sécurité et des libertés publiques en Amérique latine.
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