
Résurgence historique de la rougeole aux États-Unis : un record depuis 1991
Avec plus de 2 300 cas en sept mois, le pays risque de perdre son statut d'élimination de la maladie, dans un contexte de défiance vaccinale et de démantèlement des agences sanitaires.
Le nombre de cas confirmés de rougeole aux États-Unis a atteint 2 318 le 23 juillet 2026, dépassant le total annuel record de 2025 (2 289). Il s’agit du pire bilan depuis 1991, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Trois décès avaient été enregistrés en 2025 – dont deux enfants – et la maladie frappe majoritairement des personnes non vaccinées (93 % des cas cette année). Cette flambée menace directement le statut d’élimination de la rougeole, acquis en 2000 après des décennies de vaccination de masse.
La cause immédiate réside dans l’effritement continu de la couverture vaccinale. Lors de l’année scolaire 2024-2025, seuls 92,5 % des enfants de maternelle avaient reçu les deux doses du vaccin ROR, bien en deçà du seuil de 95 % nécessaire à l’immunité collective. Cette baisse, amorcée avant la pandémie de Covid-19, s’est accélérée dans un climat de méfiance envers les institutions sanitaires, alimenté par des personnalités politiques. Le secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., vaccinosceptique notoire, a été accusé par de nombreux spécialistes de santé publique d’avoir aggravé la situation en remettant en cause la sécurité des vaccins et en réduisant les budgets des agences fédérales.
Les conséquences sont particulièrement lourdes pour les jeunes enfants. Près de la moitié des personnes infectées en 2026 ont entre 5 et 19 ans, et un cinquième a moins de 5 ans. Les hospitalisations se comptent par centaines, et des complications neurologiques (encéphalite) ont été signalées. Les services de pédiatrie de l’Utah et du Texas, en première ligne, décrivent des enfants déshydratés, en détresse respiratoire, victimes d’une « crise évitable », selon l’Académie américaine de pédiatrie. Les analyses génétiques suggèrent que l’ampleur des foyers épidémiques (Caroline du Sud, Utah, Arizona) est probablement sous-estimée, parfois d’un facteur trois ou quatre.
L’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) se réunira en novembre pour évaluer si les États-Unis ont perdu leur statut d’élimination, défini par l’absence de transmission continue d’une même souche virale pendant plus d’un an. Le Canada a déjà perdu ce statut en 2025, et le Mexique figure parmi les dix pays les plus touchés au monde. À l’échelle mondiale, l’OMS constate une recrudescence, alors même que la maladie continue de tuer des dizaines de milliers d’enfants chaque année, principalement en Afrique et en Asie.
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