
Albanie : la « révolution flamant rose » dispersée par la police à Tirana
Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau contre des manifestants dénonçant un projet touristique lié à la famille Trump et une subvention controversée pour un concert de Kanye West.
La police albanaise a employé, jeudi matin, des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser plusieurs centaines de manifestants qui tentaient de s’approcher du Parlement à Tirana. Selon des journalistes de l’Agence France-Presse présents sur place, les protestataires ont jeté des œufs et des pierres contre le cordon de sécurité, tandis que les autorités cherchaient à empêcher toute percée vers l’édifice. Ce mouvement, qui a débuté le 31 mai par des rassemblements nocturnes devant le bureau du Premier ministre et des rassemblements diurnes devant le Parlement, s’est intensifié autour de deux griefs immédiats : un projet de complexe hôtelier de luxe lié à Ivanka Trump et Jared Kushner dans une zone naturelle protégée, et une subvention gouvernementale de 4 millions d’euros destinée à garantir la tenue d’un concert du rappeur américain Kanye West, dont les propos antisémites et les chansons glorifiant Adolf Hitler ont suscité l’indignation.
Les manifestants, qui se désignent comme la « révolution flamant rose » en référence aux oiseaux peuplant la lagune côtière menacée par le projet, dénoncent, selon les slogans scandés lors des défilés, « l’arrogance du pouvoir » et la corruption du gouvernement du Premier ministre socialiste Edi Rama, dont ils exigent la démission. D’après des médias américains, l’écrivain et dissident Fatos Lubonja, emprisonné sous la dictature communiste, a décrit le mouvement comme une opposition à « un système à la Trump » caractérisé par des décisions prises en secret au profit d’une poignée d’oligarques. De son côté, le gouvernement albanais a justifié la subvention au concert par la volonté de ne pas « mettre l’Albanie dans l’embarras » en cas d’annulation, et le Premier ministre Rama a balayé les critiques sur le projet touristique en affirmant que personne ne pouvait lui « faire la leçon sur la beauté ».
Le projet contesté trouve son origine dans une escale en yacht, à l’été 2021, au large de l’île de Sazan, la plus grande du pays, inhabitée et classée réserve naturelle. Selon la presse américaine, Ivanka Trump et Jared Kushner y auraient rencontré Edi Rama, lui-même invité à bord, et trois ans plus tard, un comité d’investissement dirigé par le Premier ministre a donné un accord préliminaire à la transformation de l’île en resort de luxe, en partenariat avec des investisseurs qataris et un conglomérat albanais actif dans l’énergie, la construction et les assurances. Le projet s’étend à des terrains voisins d’une lagune servant d’habitat crucial pour les flamants roses, les tortues de mer et d’autres espèces. Depuis la fin mai, les mobilisations ont rassemblé, selon les estimations, des milliers de personnes chaque soir dans la capitale, bien que les défilés soient devenus moins fréquents depuis la mi-juillet.
Au-delà des deux déclencheurs immédiats, les analystes de la région soulignent que la contestation canalise une frustration accumulée face à l’absence de fondations économiques solides et au manque de transparence des institutions albanaises, dans un pays historiquement très pro-américain depuis l’opposition de Washington au partage du territoire albanais en 1920 et le soutien à l’adhésion à l’OTAN en 2009. Le vote parlementaire sur la subvention au concert, perçu par de nombreux manifestants comme une provocation en pleine crise, était attendu jeudi, mais aucune confirmation officielle n’a été donnée quant à son issue. Le dossier reste ouvert, tandis que la présence policière massive devant le Parlement témoigne de la détermination des autorités à contenir un mouvement dont la fréquence des marches a diminué sans que les revendications de fond n’aient été traitées.
| Presse européenne continentale | −0.20 | neutral |
|---|---|---|
| Presse atlantique / anglosphère | −0.50 | critical |
The Albanian police act against demonstrators protesting a Trump-linked project.
Reports events without emotional evaluation, relying on official sources and omitting commentary.
Does not include environmental warnings or the 54-day duration highlighted in other reports.
The Trump family's venture sparks a revolution in Albania, pitting corrupt elites against the people.
Uses a narrative of discovery and anti-corruption, framing the protests as a heroic struggle against a powerful family.
Does not detail the police use of tear gas and water cannons, focusing instead on the Trump family's story.
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