
À Reggio Emilia, une princesse et des enfants rappellent que l’amour ne se numérise pas
Entre la visite de Kate Middleton dans les écoles de la ville émilienne et les restrictions des écrans imposées aux mineurs au Royaume-Uni et aux Émirats, une même inquiétude traverse les sociétés : comment préserver le lien humain à l’heure où les cerveaux se développent sous l’emprise des algorithmes.
Sur la Piazza Grande de Reggio Emilia, une femme s’est penchée vers les enfants, a écouté des maîtres nonagénaires raconter la pédagogie née dans les décombres de la guerre, puis a promis à un petit élève qui la réclamait : « Tornerò ». Ce n’était pas une tournée diplomatique ordinaire. La princesse de Galles, dont la présence en Italie en mai dernier constituait le premier déplacement à l’étranger après sa maladie, s’était glissée dans les ateliers du Reggio Emilia Approach, cette philosophie éducative qui considère l’enfant comme un membre à part entière de la cité. Elle y a pétri des tortelli d’erbette dans un agritourisme des collines parmesanes, loin des protocoles, et a observé comment les « cent langages » – verbaux et non verbaux – permettent aux plus jeunes d’exprimer une intelligence que les écrans ne savent pas capter.
Ce que la princesse a vu en Émilie-Romagne, elle l’a ensuite confié dans un essai publié par sa fondation pour la petite enfance. Le texte, repris par la presse italienne et britannique, ne se contente pas de célébrer une méthode pédagogique. Il formule un constat qui traverse aujourd’hui les frontières : « Dans un monde de plus en plus numérisé, où une grande partie de la vie passe par les écrans, le besoin d’une connexion humaine authentique n’a jamais été aussi grand. » La phrase résonne au moment même où, à Londres, le gouvernement travailliste annonce une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, et où les Émirats arabes unis viennent d’adopter une mesure similaire pour les moins de 15 ans. Dans les cliniques de Dubaï, des pédiatres et psychologues décrivent une génération dont le cortex préfrontal, encore immature, se trouve exposé aux boucles de récompense dopaminergiques des plates-formes : troubles du sommeil, douleurs posturales, anxiété, cyberharcèlement. « Tout comme nous interdisons l’alcool aux mineurs en raison de son impact sur un cerveau en développement, nous devrions appliquer la même prudence aux médias sociaux », avance un psychologue clinicien de Medcare Royal Speciality Hospital.
La préoccupation ne s’arrête pas aux adolescents. Des chercheurs de l’université de l’Iowa ont montré qu’à deux ans, 90 % des enfants possèdent déjà une aptitude modérée à utiliser une tablette. Un ouvrage récent sur l’impact des appareils numériques sur les tout-petits, cité par la presse indienne, documente l’apparition de « crises de colère technologiques » lorsque l’on retire l’écran à un enfant absorbé par un jeu : on interrompt alors brutalement la sécrétion de dopamine et l’état de flux psychologique. La princesse, mère de trois enfants dont elle a révélé qu’ils n’ont pas de téléphone portable, suggère une voie de sortie par la nature et la créativité, ces espaces où se cultivent « la conscience, l’empathie, l’humilité et, par-dessus tout, l’amour » – des qualités qui, écrit-elle, « ne peuvent pas être numérisées ».
Ce discours trouve un écho inattendu dans une pratique émergente chez les millennials et la génération Z : l’usage de deux téléphones. D’après une enquête de Vorhaus Advisors reprise par la presse anglo-saxonne, 18 % des personnes possédaient deux smartphones en 2025, contre 15 % l’année précédente. Un téléphone « stupide » pour les proches et les urgences, l’autre pour les réseaux sociaux et les relations lointaines, éteint la plupart du temps. Une journaliste britannique raconte avoir adopté cette solution après avoir reçu des appels de l’armée israélienne pendant qu’elle regardait une émission de téléréalité. La tendance, commente un expert en bien-être numérique, traduit une volonté de « promouvoir un équilibre plus sain entre vie professionnelle et vie personnelle ». Elle révèle aussi une tentative individuelle de reprendre le contrôle face à des architectures numériques conçues pour capter l’attention.
Au terme de son essai, la princesse rapporte une question posée par un parent de l’école de ses enfants : si l’on ne pouvait faire qu’une seule chose, que faudrait-il choisir ? Sa réponse tient en un mot : « donner la priorité à l’amour ». Non pas un amour sentimental, précise-t-elle, mais « un amour tranquille et inconditionnel, bâti sur le temps et la patience : la joie trouvée dans les choses ordinaires, la magie quotidienne de la vie elle-même ». Dans les rues de Reggio Emilia, où les bambins l’avaient accueillie comme une inconnue avec confiance et joie, cette magie ordinaire avait déjà pris corps, loin des notifications.
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La visite de la princesse à Reggio Emilia devient un appel à redécouvrir une véritable connexion humaine dans un monde saturé d'écrans. Son essai avertit que les enfants ont besoin d'expériences réelles pour s'épanouir, faisant écho aux inquiétudes croissantes concernant la surcharge numérique. Le récit suggère une approche équilibrée et pragmatique de la technologie, en mettant l'accent sur l'espoir et les qualités humaines.
Le voyage de la princesse de Galles à Reggio Emilia célèbre la philosophie renommée de la ville pour la petite enfance. Son essai, publié après la visite, met en lumière l'ouverture naturelle des enfants et le modèle éducatif qui la favorise. L'histoire se concentre sur la rencontre entre la royauté et une tradition locale d'enfances heureuses.
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