
À Gaza, les surfeurs défient les vagues et les ruines pour respirer
Entre chaleur étouffante, pollution et pénuries, la mer est devenue l’unique échappatoire d’une population piégée sous les tentes, tandis que quelques jeunes glissent encore sur les crêtes, planches cirées à la bougie.
Sur la plage de Gaza-ville, trois jeunes hommes déposent leurs planches sur le sable, à quelques mètres des tentes et des immeubles éventrés. Ils s’échauffent, ajustent leur matériel, puis pagaient vers le large. Tahseen Abu Assi, 23 ans, a appris le surf avec son père et son grand-père. « Quand tu attrapes une vague, que tu la chevauches, ce sentiment ne peut pas être décrit », confie-t-il à l’AFP. Sous un ciel de plomb, alors que les températures matinales oscillent déjà entre 28 et 31 degrés, l’eau offre une trêve fragile, même si elle charrie les eaux usées de plus de deux millions d’habitants privés d’infrastructures.
Depuis le début de la guerre en octobre 2023, la quasi-totalité des Gazaouis a été déplacée, souvent à plusieurs reprises. Selon un rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) publié le 18 juin, près d’un million de personnes vivent encore sous des tentes en cet été 2026, et 850 000 manquent d’articles d’abri d’urgence – bâches, contreplaqué, cordes. Les témoignages recueillis par Reuters et les médias arabes comme An-Nahar ou Sky News Arabia décrivent des abris de fortune transformés en « fournaise », sans électricité ni ventilateur. « Les tentes sont un supplice », résume Wadie al-Ras, 36 ans, debout sur le rivage. La mer, jadis lieu de détente, est devenue « le seul poumon de la bande de Gaza, du nord au sud ».
Pourtant, cette échappatoire est empoisonnée. Les stations de pompage, d’épuration et de traitement des eaux ont été gravement endommagées par les bombardements israéliens, explique Husni Muhanna, porte-parole de la municipalité de Gaza. Les nappes phréatiques sont contaminées, et les maladies cutanées se propagent. « L’eau de mer n’est pas propre, elle est pleine d’égouts, de saleté », constate Shehab al-Suwaireki, père de six enfants, qui n’a d’autre choix que d’y laver sa famille et ses vêtements. Les surfeurs, eux, doivent composer avec l’absence totale de wax spécifique : ils utilisent de la cire de bougie pour entretenir des planches vieilles de près de vingt ans, traitées « comme de grands trésors ».
La dimension humanitaire de cette crise est aggravée par un blocus persistant sur les matériaux de construction et d’abri. Le NRC souligne que des solutions simples – filets d’ombrage, ventilation, bâches – pourraient réduire les risques, mais « Israël continue d’en restreindre l’entrée », dénonce Jan Egeland, secrétaire général de l’organisation. Côté israélien, le Jerusalem Post rapporte que le COGAT, l’organe militaire chargé de coordonner l’aide, affirme travailler avec les agences onusiennes pour faciliter les livraisons, citant l’arrivée de vêtements pour 30 000 enfants et des équipements médicaux. Un plan de paix soutenu par les États-Unis et l’ONU prévoit une reconstruction et un gouvernement technocratique palestinien, mais le Hamas contrôle encore environ la moitié du territoire, et les violations du cessez-le-feu d’octobre 2025 sont quasi quotidiennes.
Dans ce paysage de pénurie, le surf incarne une résistance intime. Avant la guerre, une équipe de dix-sept surfeurs existait à Gaza ; ils ne sont plus que trois, selon Khalil Abu Jiyab, 18 ans. « Mes espoirs ont presque été brisés », dit-il, tout en rêvant de compétitions à l’étranger. Au large, les jeunes hommes glissent sur les crêtes, momentanément arrachés à la chaleur et aux décombres. Sur la plage, quelques enfants barbotent dans les hauts-fonds. « Sans la mer, la vie aurait disparu depuis longtemps », murmure l’un d’eux. Et tandis que les vagues se brisent, la bande côtière reste suspendue entre asphyxie et ultime respiration.
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Avec la hausse des températures estivales et la pénurie d'eau douce, les déplacés de Gaza fuient leurs tentes étouffantes vers le rivage méditerranéen pollué pour se laver et faire leur lessive. Pour certains, le surf offre une sensation de liberté indescriptible et une brève évasion des difficultés de la guerre.
Dans les décombres de Gaza, un groupe de jeunes surfeurs transporte leurs planches devant les bâtiments détruits pour trouver du réconfort dans les vagues. Ils décrivent ce sport comme une façon de respirer, une sensation indescriptible qui les élève momentanément au-dessus de la dévastation environnante.
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