
Venise 2026 : le retour de Nanni Moretti, les frères Gallagher et l’ombre d’Elon Musk
La 83e Mostra dévoile une sélection où le cinéma italien reprend ses droits, tandis qu’Hollywood s’efface et que les documentaires très attendus sur Oasis et le milliardaire américain attirent tous les regards.
Un éclat de rire a parcouru la salle de la conférence de presse, ce jeudi 23 juillet, lorsque Alberto Barbera, directeur artistique de la Mostra de Venise, a laissé échapper que Nanni Moretti n’avait plus présenté de film au Lido depuis « 1889 ». La correction est venue aussitôt — 1989, l’année de Palombella rossa —, mais la bourde a cristallisé l’impression d’une éternité. Trente-sept ans après sa dernière incursion en compétition, le cinéaste romain revient avec Succederà questa notte, un drame romantique porté par Louis Garrel et Jasmine Trinca, dont la brève séquence dévoilée montre un personnage qui court, bras levés, après un panier au basket, dans un geste qui rappelle furieusement l’univers de Bianca.
Ce retour est le symbole d’une édition où le cinéma italien occupe une place qu’il n’avait plus tenue depuis longtemps. Cinq films transalpins figurent parmi les vingt prétendants au Lion d’or, dont Ritorno a Buenos Aires de Marco Bechis — une coproduction avec le Brésil qui suit un homme appelé à témoigner contre les militaires argentins qui l’avaient séquestré —, Il fuoco che ti porti dentro d’Edoardo De Angelis, The Echo Chamber d’Andrea Pallaoro, écrit par Bernardo Bertolucci, et L’estranea de Paolo Strippoli. Hors compétition, Gianni Amelio et Mario Martone présenteront leurs nouveaux longs métrages, tandis que la série Peccato, mockumentaire porté par Emanuela Fanelli, sera la seule œuvre du genre à être projetée. La presse italienne souligne que cette abondance compense un désengagement marqué des grands studios américains, déjà constaté à Cannes en mai.
La sélection officielle confirme ce recentrement. Si quelques noms familiers du public international émergent — Danny Boyle ouvre le festival avec Ink, biopic sur Rupert Murdoch porté par Guy Pearce et Jack O’Connell, Martin McDonagh propose une comédie noire avec John Malkovich et Sam Rockwell en agents de la CIA dans le Chili de 1973, et Florian Zeller réunit Penélope Cruz et Javier Bardem dans le thriller psychologique Bunker —, la présence hollywoodienne se fait discrète. Le film Digger d’Alejandro González Iñárritu, avec Tom Cruise, un temps pressenti, n’apparaît finalement pas au programme. Les observateurs nord-américains y voient la prudence de studios échaudés par des échecs critiques récents et des budgets resserrés.
L’attention se déplace dès lors vers les documentaires événements. Oasis: Don’t Look Back in Anger, coréalisé par Dylan Southern et Will Lovelace sur une idée de Steven Knight, retrace la tournée de retrouvailles du groupe britannique. Alberto Barbera a promis la présence des frères Gallagher sur le tapis rouge, une annonce qui a immédiatement enflammé les fans italiens, déjà dans l’attente de concerts à Rome l’été prochain. Autre projection très commentée : Musk, d’Alex Gibney, un portrait-fleuve de près de quatre heures consacré à Elon Musk. Le documentaire Be Brave, de Francesco Carrozzini, entièrement réalisé avec l’intelligence artificielle, viendra nourrir les débats sur les frontières de la création.
La fête aura pourtant une ombre : le président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, a annoncé que l’institution contestera en justice la décision de la Commission européenne de lui retirer un financement de deux millions d’euros. Une procédure qui n’empêchera pas le festival de se tenir, mais qui rappelle que même la plus ancienne manifestation cinématographique du monde doit désormais batailler pour maintenir son indépendance. Le 2 septembre, quand la lumière se fera sur Ink, c’est un Lido à la fois fidèle à ses rituels et contraint de se réinventer qui s’offrira aux regards.
| Presse européenne continentale | +0.30 | aligned |
|---|---|---|
| Presse latino-américaine | +0.50 | aligned |
| Presse atlantique / anglosphère | 0.00 | neutral |
| Presse russe et CEI | −0.30 | critical |
L'Italie célèbre le retour de Nanni Moretti et la force du cinéma national, mais ne cache pas une pointe de déception face à l'absence d'Hollywood.
En mettant l'accent sur le retour historique de Moretti et le nombre de films italiens, une image de succès national est créée, tandis que la critique du manque de stars hollywoodiennes est présentée comme une observation objective.
Ne mentionne pas la controverse autour du film russe 'Дау' ni la coproduction brésilienne, qui sont centrales dans d'autres blocs.
Le Brésil célèbre sa coproduction comme une étape importante, soulignant l'influence croissante du pays dans le cinéma mondial.
En se concentrant exclusivement sur les éléments brésiliens du film et en omettant le contexte plus large du festival, le récit crée un sentiment de réussite nationale.
Omet l'accent italien sur le retour de Moretti et la controverse russe, qui sont centraux dans d'autres blocs.
Le festival propose une sélection diversifiée de films portés par des stars et de documentaires, promettant de l'enthousiasme pour la saison des récompenses.
En mettant en avant les éléments les plus attractifs commercialement (documentaire sur Musk, comédie de McDonagh) et en évitant tout cadrage national ou politique, le récit positionne le festival comme un événement de divertissement mondial.
Omet les récits de fierté nationale de l'Italie et du Brésil, ainsi que la controverse politique russe, se concentrant plutôt sur l'attrait universel.
La Russie prévient que le festival légitime un agent étranger, sapant sa crédibilité culturelle.
En appliquant immédiatement l'étiquette officielle d'« agent étranger » au réalisateur, le récit délégitime l'inclusion du film et présente le festival comme politiquement suspect.
Omet la célébration du cinéma italien et la coproduction brésilienne, se concentrant uniquement sur le film russe comme une question politique.
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