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Société & Culturesamedi 27 juin 2026

Sous le vrombissement des Vespa, les strates de la mémoire romaine

Un défilé de 25 000 scooters pour les 80 ans de la Vespa a traversé les ruines antiques, ravivant le souvenir du ghetto juif et de la menorah disparue.

Le claquement staccato des pots d’échappement, que la presse américaine comparait déjà en 1950 au vacarme des 500 Miles d’Indianapolis, a de nouveau envahi le centre de Rome. Samedi, près de 25 000 Vespa ont serpenté entre le Colosse et les forums impériaux, sous une chaleur écrasante. Sur l’une d’elles, une retraitée française fêtait ses 61 ans, son terrier Westie tondu à l’arrière pour supporter la canicule. Un peu plus loin, un Allemand exhibait un tatouage au mollet : une Vespa et les mots « La Dolce Vita ». La scène, joyeuse et transpirante, convoquait autant l’insouciance des « Vacances romaines » que les strates plus sombres de la Ville éternelle.

L’événement célébrait les quatre-vingts ans du brevet déposé par Piaggio le 23 avril 1946. Conçu par l’ingénieur Corradino D’Ascanio, qui détestait les motos, le scooter à carrosserie bombée devait offrir une mobilité de masse à l’Italie d’après-guerre, y compris aux femmes en jupe longue. La presse britannique salua alors « un produit entièrement italien, comme on n’en avait pas vu depuis le char de la Rome antique ». Le succès fut foudroyant : près de vingt millions d’exemplaires vendus depuis, une présence dans plus de mille films, et un statut d’icône pop que le rassemblement romain a confirmé, avec des participants venus du Koweït, du Japon, d’Australie ou des Philippines.

Pourtant, à quelques centaines de mètres de cette marée de tôle et de chromes, le quartier de l’ancien ghetto juif rappelle une autre Rome. La communauté israélite, l’une des plus anciennes de la diaspora, y fut confinée en 1555 par la bulle papale Cum nimis absurdum, dans une zone insalubre régulièrement inondée par le Tibre. Aujourd’hui, le visiteur y croise des touristes israéliens, américains ou français, et une dame orthodoxe qui, devant le Colisée, assure que les Juifs ont bâti les pyramides. L’arc de Titus, que la parade des Vespa a longé, commémore la victoire romaine sur la Judée et expose le chandelier à sept branches pillé dans le Temple de Jérusalem. C’est cette image qui fut choisie en 1948 comme emblème de l’État d’Israël, tandis que la menorah originelle demeure introuvable.

Les hypothèses sur sa disparition, relayées par la presse israélienne, vont d’une fonte lors d’un incendie antique à une cache dans les souterrains du Vatican, dont les collections abriteraient des trésors juifs accumulés au fil des spoliations. Des dragages du Tibre en 1818 à une offre de rachat de six millions de dollars, le mystère reste entier. Ainsi, le même pavé romain porte à la fois le mythe solaire de la Vespa, symbole de liberté et de renaissance économique, et l’ombre portée d’un objet sacré disparu, trace d’une humiliation ancienne.

La cohabitation de ces récits ne semble guère troubler les vespistes. Les médias italiens ont salué une manifestation « record », encadrée par cent trente agents de la police locale pour limiter les congestions. Au village du Foro Italico, les collectionneurs s’arrachaient un casque en édition limitée frappé du slogan « 80 Years of an Icon ». Le dirigeant marketing de Piaggio, Davide Zanolini, a confié à l’agence Associated Press que la Vespa tenait « bien plus de la dame que de l’homme ». La foule, elle, semblait moins sensible à la charge historique des lieux qu’au charme désuet d’un deux-roues capable de transformer une traversée de carrefour en apparition cinématographique. Reste cette image, entre deux feux tricolores : un scooter couleur pastel glissant devant l’arc de Titus, comme une biga moderne indifférente au butin de guerre sculpté dans la pierre.

Comment la même histoire est racontée ailleurs.

2 groupes éditoriaux · 3 langues

20%
TonTempératureFocusPositionnementHorizon
Presse israéliennePresse européenne continentale
Presse israélienne/ Critique
IronieScepticismeVictimisation

Le rassemblement de Vespa sous l'Arc de Titus, monument à la destruction de Jérusalem, jette une ombre sur la célébration du style italien. L'événement souligne involontairement la rareté des visages juifs dans la vie publique romaine et la tension non résolue entre commémoration festive et traumatisme historique.

Presse européenne continentale/ Méditerranéenne
TriomphePragmatisme

Rome s'est transformée en théâtre à ciel ouvert du génie italien lorsque 25 000 Vespa ont défilé dans ses rues antiques, célébrant les 80 ans d'un scooter devenu emblème mondial de liberté et de design. L'événement, hommage à la vision de Corradino d'Ascanio, a uni les générations dans un joyeux rugissement de moteurs sous le Colisée et les Forums impériaux.

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samedi 27 juin 2026

Sous le vrombissement des Vespa, les strates de la mémoire romaine

Un défilé de 25 000 scooters pour les 80 ans de la Vespa a traversé les ruines antiques, ravivant le souvenir du ghetto juif et de la menorah disparue.

Le claquement staccato des pots d’échappement, que la presse américaine comparait déjà en 1950 au vacarme des 500 Miles d’Indianapolis, a de nouveau envahi le centre de Rome. Samedi, près de 25 000 Vespa ont serpenté entre le Colosse et les forums impériaux, sous une chaleur écrasante. Sur l’une d’elles, une retraitée française fêtait ses 61 ans, son terrier Westie tondu à l’arrière pour supporter la canicule. Un peu plus loin, un Allemand exhibait un tatouage au mollet : une Vespa et les mots « La Dolce Vita ». La scène, joyeuse et transpirante, convoquait autant l’insouciance des « Vacances romaines » que les strates plus sombres de la Ville éternelle.

L’événement célébrait les quatre-vingts ans du brevet déposé par Piaggio le 23 avril 1946. Conçu par l’ingénieur Corradino D’Ascanio, qui détestait les motos, le scooter à carrosserie bombée devait offrir une mobilité de masse à l’Italie d’après-guerre, y compris aux femmes en jupe longue. La presse britannique salua alors « un produit entièrement italien, comme on n’en avait pas vu depuis le char de la Rome antique ». Le succès fut foudroyant : près de vingt millions d’exemplaires vendus depuis, une présence dans plus de mille films, et un statut d’icône pop que le rassemblement romain a confirmé, avec des participants venus du Koweït, du Japon, d’Australie ou des Philippines.

Pourtant, à quelques centaines de mètres de cette marée de tôle et de chromes, le quartier de l’ancien ghetto juif rappelle une autre Rome. La communauté israélite, l’une des plus anciennes de la diaspora, y fut confinée en 1555 par la bulle papale Cum nimis absurdum, dans une zone insalubre régulièrement inondée par le Tibre. Aujourd’hui, le visiteur y croise des touristes israéliens, américains ou français, et une dame orthodoxe qui, devant le Colisée, assure que les Juifs ont bâti les pyramides. L’arc de Titus, que la parade des Vespa a longé, commémore la victoire romaine sur la Judée et expose le chandelier à sept branches pillé dans le Temple de Jérusalem. C’est cette image qui fut choisie en 1948 comme emblème de l’État d’Israël, tandis que la menorah originelle demeure introuvable.

Les hypothèses sur sa disparition, relayées par la presse israélienne, vont d’une fonte lors d’un incendie antique à une cache dans les souterrains du Vatican, dont les collections abriteraient des trésors juifs accumulés au fil des spoliations. Des dragages du Tibre en 1818 à une offre de rachat de six millions de dollars, le mystère reste entier. Ainsi, le même pavé romain porte à la fois le mythe solaire de la Vespa, symbole de liberté et de renaissance économique, et l’ombre portée d’un objet sacré disparu, trace d’une humiliation ancienne.

La cohabitation de ces récits ne semble guère troubler les vespistes. Les médias italiens ont salué une manifestation « record », encadrée par cent trente agents de la police locale pour limiter les congestions. Au village du Foro Italico, les collectionneurs s’arrachaient un casque en édition limitée frappé du slogan « 80 Years of an Icon ». Le dirigeant marketing de Piaggio, Davide Zanolini, a confié à l’agence Associated Press que la Vespa tenait « bien plus de la dame que de l’homme ». La foule, elle, semblait moins sensible à la charge historique des lieux qu’au charme désuet d’un deux-roues capable de transformer une traversée de carrefour en apparition cinématographique. Reste cette image, entre deux feux tricolores : un scooter couleur pastel glissant devant l’arc de Titus, comme une biga moderne indifférente au butin de guerre sculpté dans la pierre.

Divergence des sources

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À quel point les sources racontent les mêmes faits de manière différente.

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Comment la même histoire est racontée ailleurs.

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Presse israéliennePresse européenne continentale
Presse israélienne/ Critique
IronieScepticismeVictimisation

Le rassemblement de Vespa sous l'Arc de Titus, monument à la destruction de Jérusalem, jette une ombre sur la célébration du style italien. L'événement souligne involontairement la rareté des visages juifs dans la vie publique romaine et la tension non résolue entre commémoration festive et traumatisme historique.

Presse européenne continentale/ Méditerranéenne
TriomphePragmatisme

Rome s'est transformée en théâtre à ciel ouvert du génie italien lorsque 25 000 Vespa ont défilé dans ses rues antiques, célébrant les 80 ans d'un scooter devenu emblème mondial de liberté et de design. L'événement, hommage à la vision de Corradino d'Ascanio, a uni les générations dans un joyeux rugissement de moteurs sous le Colisée et les Forums impériaux.

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