
Quand les soignants craquent, les sociétés se fissurent
De la Suède au Bangladesh, en passant par le Brésil et le Mexique, la fragilisation des systèmes de santé et la persistance des discriminations dessinent une géographie mondiale de l’épuisement et de l’exclusion.
À Malmö, dans le sud de la Suède, une infirmière du service de cardiologie s’est effondrée en larmes pendant la relève. Elle ne supportait plus de transmettre à sa collègue du soir des tâches qu’elle n’avait pas eu le temps d’accomplir. La collègue, à son tour, s’est mise à pleurer. La scène, rapportée par les délégués syndicaux de l’hôpital universitaire de Scanie, n’est pas un accident isolé : elle dit l’usure d’un personnel qui enchaîne les doubles journées, renonce à poser ses congés et voit partir, depuis le début de l’année, quatorze infirmières rien que dans ce service.
Ce craquement feutré résonne bien au-delà de la Suède. Au Bangladesh, le ministre de la Santé a révélé devant le Parlement que 485 appareils de radiographie et 395 échographes sont hors service dans les hôpitaux de sous-district, tandis que près d’un quart des postes de médecins restent vacants. Les populations rurales, faute de diagnostic public, se tournent vers des cliniques privées aux tarifs prohibitifs. La mortalité maternelle y atteint un niveau que les observateurs locaux qualifient de « honteux pour toute société civilisée ». Dans les deux cas, la promesse d’un soin accessible se heurte à une réalité d’infrastructures délaissées et de professionnels poussés à bout.
Cette fragilisation des systèmes de soin s’accompagne d’une crispation sur les droits des minorités. Au Brésil, le Conseil national de justice a enregistré un quasi-triplement des nouvelles actions pour discrimination liée à l’identité de genre entre 2024 et 2025, passant de 83 à 221 procédures. Les affaires jugées ont plus que quadruplé. Le phénomène touche aussi l’orientation sexuelle, avec un doublement des nouveaux dossiers. Les autorités judiciaires brésiliennes y voient le signe d’une « présence accrue de ces demandes dans le système de justice », fruit de réformes comme la reconnaissance du mariage homosexuel ou la possibilité de changer de prénom et de genre directement à l’état civil. Au Mexique, la Commission nationale des droits de l’homme exhorte les prisons à adopter des protocoles contre les violences, les rejets et les isolements injustifiés que subissent les personnes LGBT+ privées de liberté.
En Suède, la question de l’égalité se joue aussi sur le front du genre et de la santé des femmes. À Kristianstad, la majorité municipale a refusé deux propositions : l’une visant à former élus et agents à l’égalité, l’autre à instaurer une « école de la ménopause » pour améliorer la connaissance de la santé féminine au travail. L’opposition sociale-démocrate rappelle que des communes comme Partille ont réduit l’absentéisme et économisé plusieurs millions de couronnes grâce à de telles initiatives. Pendant ce temps, à Kalmar, des élus s’inquiètent de l’absence de cartographie locale des violences liées à l’honneur, malgré des cas documentés de jeunes filles renvoyées dans leur famille après avoir cherché de l’aide.
Ces fragments dessinent une cartographie de la tension : d’un côté, des professionnels – infirmières, aides-soignantes, médecins – qui portent à bout de bras des services publics exsangues ; de l’autre, des populations minorisées qui, lorsqu’elles ne sont pas invisibilisées, se heurtent à des institutions encore mal outillées pour les protéger. Au Bangladesh, une machine à rayons X rouillée dans un hôpital de campagne ; à Malmö, le bip d’un téléphone qui annonce un énième rappel au travail un jour de congé. Partout, le même silence essoufflé.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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Le personnel soignant des services de cardiologie en Suède tire la sonnette d'alarme : charges de travail insupportables, trop de patients par infirmière et congés annulés poussent le personnel aux larmes. Malgré des années d'avertissements, le sous-effectif persiste et les renforts promis ne se matérialisent jamais. Le système de soins est à bout de souffle et ceux qui le maintiennent sont épuisés et démoralisés.
La crise dans le service de cardiologie révèle les inégalités profondes d'un système qui dévalorise le travail de soin, massivement accompli par des femmes. Tout comme les discriminations envers les personnes LGBTQIAPN+ sont dénoncées, l'exploitation des soignants doit être affrontée comme une question de droits et de dignité. L'État a le devoir de garantir des conditions de travail décentes et de faire cesser la souffrance silencieuse de ceux qui prennent soin des autres.
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