
Marché noir des peptides amaigrissants : la course mondiale entre demande, trafic et régulation
Alors que des substances non homologuées comme la retatrutide sont saisies par millions au Brésil et que les Émirats sanctionnent 71 sources, la régulation peine à endiguer un phénomène porté par les influenceurs et les promesses de perte de poids.
Le contraste est saisissant : aucun pays n’a encore approuvé la retatrutide, molécule expérimentale de la firme Eli Lilly, mais les autorités brésiliennes ont déjà saisi pour plus de 11 millions de réais de ce produit lors des trois premiers mois de 2026, dépassant le total de 2025. Ce n’est là qu’un symptôme d’une tendance globale : stimulée par la popularité des antidiabétiques détournés à des fins amaigrissantes, la demande de peptides – chaînes d’acides aminés aux effets promis multiples – explose, créant un vaste marché noir que les agences sanitaires tentent de contenir, des Amériques au Golfe.
Au Brésil, des influenceurs aux millions d’abonnés, comme Deborah Secco ou MC Daniel, ont promu des stylos injectables fabriqués au Paraguay, sans registre sanitaire, lors d’événements organisés par des laboratoires locaux. Des pratiques qui contournent l’interdiction de publicité pour des médicaments sur ordonnance et exposent les contrevenants à des amendes pouvant atteindre 1,5 million de réais, selon l’Anvisa. Aux Émirats arabes unis, la réponse est tout aussi ferme : l’autorité du médicament a annoncé des mesures contre 71 entités, dont 14 influenceurs renvoyés devant le bureau national des médias, et une campagne d’inspection ciblant les pharmacies de préparation. Dans les deux régions, les autorités soulignent l’absence de données sur l’efficacité et la sécurité de ces substances, encore en phase de recherche.
Le phénomène ne se limite pas à la retatrutide. D’autres peptides, comme le BPC-157 ou le TB-500, vantés pour leurs propriétés régénératrices ou anabolisantes, sont proposés en injections dans des cliniques esthétiques brésiliennes, bien que leur usage hors protocole (off label) ne repose sur aucune validation clinique. Le Conseil fédéral de médecine du Paraná a émis une note d’alerte, dénonçant une « expérimentation sur des cobayes humains ». Aux États-Unis, un comité consultatif de la FDA a voté de justesse, en juillet, pour autoriser six de ces peptides à être intégrés à une liste autorisant leur préparation par des pharmacies spécialisées – un compromis visant à réduire les risques du marché gris, malgré l’opposition unanime des évaluateurs de l’agence, qui invoquent l’absence d’essais cliniques rigoureux.
Ce dilemme – encadrer pour ne pas pousser vers l’illégalité, ou interdire pour ne pas cautionner des produits non éprouvés – traverse les continents. Au Brésil, la police a demandé le blocage des réseaux sociaux d’une propriétaire de clinique esthétique en fuite après avoir causé des séquelles à vingt patientes avec des injections de PMMA, un combleur interdit à visée esthétique par les conseils de médecine et d’odontologie. La substance, un polymère permanent, illustre les risques de complications graves lorsque des procédures non validées se généralisent. La retatrutide, elle, n’en est qu’à la phase 3 des essais cliniques ; Eli Lilly n’a déposé aucune demande d’enregistrement. Le prochain jalon sera la conclusion de ces essais et l’éventuelle soumission réglementaire, mais ni le calendrier ni l’issue ne sont garantis.
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