
Ormuz : une réouverture sous haute surveillance entre mines et taxes
La hausse du trafic maritime à son plus haut depuis avril ne lève pas les incertitudes liées au déminage, aux péages envisagés et à la suspension des négociations de paix.
Le 18 juin, 25 navires commerciaux ont traversé le détroit d’Ormuz, soit le trafic le plus dense depuis la mi-avril et cinq fois la moyenne quotidienne des dix premiers jours de juin, selon les données de la firme AXSMarine. Cet afflux, bien que modeste au regard des quelque 150 passages quotidiens d’avant-guerre, suit la signature, le 14 juin, d’un mémorandum d’entente entre Washington et Téhéran levant le blocus naval américain et prévoyant un cessez-le-feu. Avant le conflit, environ 20 % du pétrole mondial transitaient par cette voie stratégique, de même que d’importants volumes de gaz naturel liquéfié et d’engrais.
La remise en ordre se heurte à de lourds obstacles techniques. Selon l’association d’armateurs Intertanko, citée par la presse espagnole, près de 80 mines sous-marines mouillées par l’Iran obstruent le chenal central. Leur retrait, par drones sous-marins, exigerait quarante à cinquante jours. En attendant, les navires sont contraints d’emprunter les corridors nord et sud, ramenant la capacité maximale à 80 passages par jour. Le mémorandum prévoit par ailleurs un « dialogue » avec Oman pour définir la future administration du détroit, laissant craindre l’instauration de péages – illégaux au regard du droit de la mer – que Téhéran justifie par des frais de sécurité et de protection environnementale. La gratuité de transit est garantie pour soixante jours, mais l’incertitude persiste au-delà.
Les marchés ont intégré ces signaux contradictoires. Le prix du brut a baissé dès l’annonce de l’accord, effaçant une partie de la prime de risque. « Les secteurs de l’énergie et du transport seront les premiers à ressentir le soulagement », a estimé une analyste de Swissquote. Les économies importatrices de pétrole, au premier rang desquelles l’Inde (plus de 85 % d’approvisionnement extérieur), voient leur facture s’alléger et leurs marges de manœuvre monétaires s’élargir. Pourtant, la prudence domine chez les armateurs : le groupe danois Maersk a indiqué ne pas reprendre pour l’instant ses transits, tandis que les assureurs maintiennent des primes élevées. La suspension, le 20 juin, des pourparlers de paix prévus en Suisse souligne la fragilité de l’édifice.
Le prochain jalon factuel sera le démarrage effectif des opérations de déminage et la clarification des conditions de transit au-delà de la période de gratuité. Les autorités portuaires iraniennes ont déjà instauré une demande de passage quarante-huit heures à l’avance. Plus de 500 navires et 11 000 marins demeurent bloqués dans le Golfe, selon l’Organisation maritime internationale. La reprise complète des flux dépendra aussi de l’attitude d’Israël et du Hezbollah, dont un regain de tensions pourrait compromettre l’architecture du cessez-le-feu.
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Contrairement aux vantardises de Washington, le détroit d'Ormuz est loin d'être totalement ouvert. Si le trafic a légèrement augmenté, les navires restent soumis à une réglementation stricte des autorités iraniennes, et les déclarations ambitieuses d'une réouverture complète sont pour le moins prématurées.
La réouverture du détroit d'Ormuz est un progrès tangible, le trafic maritime ayant quintuplé immédiatement après l'accord entre les États-Unis et l'Iran. Malgré une part d'imprévisibilité, les résultats concrets en mer montrent que la diplomatie peut rapidement porter ses fruits, même si la normalisation complète reste en chantier.
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