
Israël franchit le pas de la reconnaissance du génocide arménien, au risque d’aggraver la crise avec Ankara
Le cabinet israélien a voté à l’unanimité une résolution reconnaissant les massacres de 1915-1916, une décision qui devra encore être entérinée par la Knesset et qui survient dans un contexte de rupture avec la Turquie.
Le gouvernement israélien a adopté dimanche, à l’unanimité, une résolution proposée par le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar reconnaissant comme génocide les massacres et déportations d’Arméniens perpétrés par l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale. Le texte devra toutefois être soumis au vote de la Knesset pour prendre force de loi, ont précisé les sources israéliennes. « Il n’est jamais trop tard pour faire ce qui est juste », a déclaré M. Saar, inscrivant ce geste dans un « devoir moral et historique » de l’État juif et le distinguant explicitement d’une quelconque rétorsion contre la Turquie. La résolution chiffre à environ 1,5 million le nombre de victimes arméniennes et dénonce la « destruction d’un patrimoine culturel et historique millénaire en Anatolie ».
Ankara, qui rejette systématiquement la qualification de génocide, n’avait pas réagi dans l’immédiat, mais la presse israélienne s’attend à de vives protestations. Pendant des décennies, les gouvernements israéliens successifs s’étaient abstenus de franchir le pas afin de ménager leur alliance avec la Turquie, autrefois pilier régional. Selon des commentateurs cités par le Times of Israel, la décision du cabinet Netanyahou a été rendue possible par la détérioration profonde des relations bilatérales depuis l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdoğan, puis par l’invasion de Gaza consécutive aux attaques du Hamas d’octobre 2023. La Turquie a suspendu l’essentiel de ses échanges commerciaux avec Israël, rappelé son ambassadeur, et multiplié les accusations de « génocide » à l’encontre de l’État hébreu devant les instances internationales, des accusations que Jérusalem qualifie de « mensonges antisémites ».
La reconnaissance israélienne s’ajoute à celle de plus de trente pays, dont les États‑Unis, la France, l’Allemagne, la Russie et le Liban, ainsi que du Parlement européen. Elle intervient néanmoins dans un moment où Israël est lui-même mis en cause pour génocide par une commission d’experts des Nations unies et par plusieurs États, notamment l’Afrique du Sud, devant la Cour internationale de justice. Des observateurs, cités par le quotidien russe Kommersant, relèvent que la concomitance peut nourrir des accusations d’instrumentalisation – critique déjà formulée en 2025 par le premier ministre arménien Nikol Pachinian, qui avait déploré que la mémoire arménienne devînt une « monnaie d’échange géopolitique ». Le chef de la diplomatie israélienne a toutefois affirmé avoir reçu une lettre de remerciements de l’Église arménienne de Jérusalem.
Le texte adopté par le cabinet doit maintenant être inscrit à l’ordre du jour de la Knesset. Si le parlement avait déjà, en 2016, évoqué la reconnaissance par le biais d’une commission, aucune décision formelle n’avait été prise. La dynamique actuelle, portée par l’unanimité gouvernementale et par les déclarations antérieures de Benyamin Netanyahou, laisse présager une adoption sans obstacle majeur, ce qui achèverait de rompre le statu quo israélien vieux d’un siècle et approfondirait la fracture déjà béante avec Ankara.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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Israeli media celebrate the cabinet's unanimous recognition of the Armenian genocide as a historic moral duty and a long-overdue step. The decision is portrayed as a justified stance against historical denial, with some framing it as a pointed message to Turkey amid strained relations. Coverage emphasizes the government's unity and the procedural path to Knesset approval, while noting the symbolic weight for a Jewish state.
Russian sources report the Israeli recognition in a neutral, factual tone, highlighting the official nature of the decision and the foreign minister's statement that it is not an act of retaliation. The coverage notes that the resolution still requires Knesset approval and quotes Israeli officials emphasizing moral obligation. The framing is detached, focusing on the diplomatic process and listing other countries that have recognized the genocide.
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