
Frappe russe sur un cargo céréalier turc en mer Noire : six morts et tensions accrues
L’attaque au missile contre le Golden Leo, survenue dans le cadre d’une escalade des frappes russes, relance les craintes pour la sécurité de la navigation commerciale et l’exportation des céréales ukrainiennes.
Un vraquier battant pavillon de la Guinée-Bissau et appartenant à un armateur turc, le Golden Leo, a été touché par trois missiles de croisière russes alors qu’il quittait la zone de combat près d’Odessa avec une cargaison de céréales, selon un communiqué de la marine ukrainienne. Six membres d’équipage ont été tués, huit autres secourus et quatre restent portés disparus. Le capitaine, de nationalité ukrainienne, figure parmi les victimes, tandis que le reste de l’équipage comprenait des ressortissants syriens et indiens, d’après les autorités de Kiev.
Les positions des parties divergent radicalement. Pour le gouvernement ukrainien, il s’agit d’une « attaque délibérée contre un navire civil non armé », constitutive d’un crime de guerre et d’une violation de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Le ministère russe de la Défense, sans commenter spécifiquement le Golden Leo, a affirmé que ses drones avaient visé plusieurs vraquiers et un cargo sec au large d’Odessa et de l’île des Serpents, en soutenant que ces bâtiments transportaient du matériel militaire ou servaient au lancement de drones. Aucune réaction officielle n’a encore été enregistrée du côté d’Ankara, mais des sources diplomatiques européennes estiment que l’incident pourrait compliquer l’équilibre délicat entretenu par la Turquie, membre de l’OTAN, avec Moscou.
Cette frappe intervient dans un contexte d’intensification des opérations aériennes et navales. Au cours des vingt-quatre heures précédentes, la Russie a lancé plus de 40 missiles et 125 drones contre Kiev et d’autres villes ukrainiennes, faisant au total 20 morts et 142 blessés, tandis que l’Ukraine revendiquait des attaques de drones contre deux pétroliers russes en mer Noire et une grue flottante en mer d’Azov. Selon des analystes occidentaux, la multiplication des frappes sur des navires marchands, même sous pavillon de complaisance, vise à entraver le corridor céréalier unilatéral que Kiev maintient depuis l’effondrement de l’Initiative céréalière de la mer Noire en juillet 2023, et à dissuader les armateurs de s’y engager.
Depuis le retrait de Moscou de cet accord, les infrastructures portuaires de la région d’Odessa sont régulièrement bombardées, mais les tirs directs contre des cargos civils en mer restaient relativement rares. La rhétorique russe, qui présente ces navires comme des cibles militaires légitimes, est contestée par les chancelleries occidentales, qui y voient une tentative de justifier l’asphyxie économique de l’Ukraine. L’utilisation d’un pavillon guinéen et la propriété turque ajoutent une dimension juridique et diplomatique supplémentaire, les États du pavillon et de l’armateur pouvant être amenés à demander des comptes.
Les opérations de recherche des disparus se poursuivent, tandis que Kiev appelle la communauté internationale à condamner l’attaque. Le dossier pourrait être porté devant le Conseil de sécurité des Nations unies, et une réaction de l’Organisation maritime internationale est attendue dans les prochains jours. Aucune déclaration officielle n’a encore été formulée par la Turquie ni par les autorités de Guinée-Bissau.
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