
En RDC, l’épidémie d’Ebola dépasse les 1 300 morts et défie les systèmes de santé
La souche Bundibugyo, contre laquelle aucun vaccin n’est approuvé, se propage dans l’est congolais où violences et grèves de soignants entravent la riposte.
La République démocratique du Congo fait face à la pire flambée épidémique de la souche Bundibugyo du virus Ebola jamais enregistrée. Au 23 juillet, le cumul des cas confirmés atteignait 2 973, dont 1 309 décès, selon l’Institut national de santé publique. La létalité, de 44 %, et la rapidité de propagation – le nombre d’infections a plus que doublé en un mois dans le Nord-Kivu – inquiètent les autorités sanitaires. Près de 90 % des cas sont concentrés dans l’Ituri, mais la province voisine du Nord-Kivu voit son épidémie s’accélérer sur fond de violences armées.
Ce bilan, probablement sous-estimé, l’OMS estimant que l’ampleur réelle pourrait être deux à quatre fois supérieure, résulte en grande partie de l’absence d’outils médicaux homologués. Contrairement à la souche Zaïre, qui disposait d’un vaccin lors des précédentes épidémies, la variante Bundibugyo ne bénéficie d’aucun vaccin ni traitement spécifique approuvé. Deux thérapies expérimentales viennent toutefois d’entrer en phase d’essai clinique dans l’Ituri, un espoir tempéré par la fragilité des systèmes de santé locaux.
La situation humanitaire et sécuritaire complique dangereusement la riposte. Dans la région de Beni, les combats entre groupes armés, dont le M23 soutenu par Kigali, ont provoqué le déplacement de plus de 25 000 personnes depuis la mi-juillet, selon les Nations unies. Ces mouvements, couplés à la méfiance des communautés, rendent le traçage des contacts quasiment impossible – le taux de suivi plafonne à 73,9 %. La grève des soignants du centre de traitement d’Elikya à Bunia, qui réclament deux mois de primes impayées, illustre le sous-financement chronique de la lutte contre Ebola. Plus d’une centaine de professionnels de santé ont été infectés, et au moins trente-six sont décédés, selon les autorités.
Les capitales africaines et les organisations internationales multiplient les appels à la mobilisation. Le directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), Jean Kaseya, a déploré l’absence de vaccins, de traitements et de financements, lors d’un récent sommet à Accra. L’OMS maintient pour l’instant un niveau de risque faible à l’échelle mondiale, le virus ne se transmettant pas par voie aérienne, mais souligne que sans un renforcement immédiat des capacités de surveillance et de soins, l’épidémie continuera de s’étendre dans une région déjà meurtrie par des décennies de conflit.
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