
Elle et les Minions en juillet 2026 : quand les préquelles réinventent la nostalgie
Tandis que la série « Elle » replonge dans les années 1990 grunge, « Minions & Monsters » rend hommage au Hollywood muet, deux manières de faire revivre des icônes sous le signe du déracinement.
La première image est sonore : un riff saturé de Garbage, « Only Happy When It Rains », claque sur l’écran tandis qu’une adolescente vêtue de rose fuchsia débarque dans un lycée de Seattle noyé sous les chemises à carreaux et les hoodies noirs. Nous sommes en 1995, et Elle Woods, future héroïne de La Revanche d’une blonde, découvre qu’ici Bikini Kill n’est pas une marque de maillots de bain et que les strass n’améliorent pas le smiley de Nirvana. Cette scène d’ouverture de la série « Elle », disponible sur Prime Video, condense le choc culturel intime qui sert de moteur à la préquelle.
À l’autre bout du spectre temporel, les Minions débarquent dans le Hollywood des années 1920. Dans « Minions & Monsters », le réalisateur français Pierre Coffin les propulse sur les plateaux du cinéma muet, où leur expressivité instinctive et leur sabir incompréhensible font merveille. Coffin, qui signe ici son premier long-métrage en solo au sein de la saga, a confié à l’agence italienne Adnkronos avoir voulu « un hommage à l’âge d’or de Hollywood », en rappelant que les grands studios furent fondés par des immigrés d’Europe de l’Est – une manière d’ancrer ces créatures jaunes dans une histoire de déracinement et d’invention. Le film, qui sort en salles le 1er juillet, voit les Minions libérer accidentellement de véritables monstres, qu’ils devront ensuite neutraliser.
Ces deux résurrections s’inscrivent dans un mouvement plus large d’extension des univers fictionnels, mais elles le font en tirant parti de la nostalgie comme d’un matériau malléable. La presse australienne s’est montrée divisée sur « Elle » : pour le Sydney Morning Herald, la série est « bien plus drôle qu’elle n’en a besoin », tandis que le site IndieWire la juge « terne et illusoire ». En Amérique latine, les médias comme Excelsior ou CNN Brasil présentent ces sorties comme les fers de lance d’un mois de juillet chargé, aux côtés d’autres franchises telles que Spider-Man ou The Odyssey de Christopher Nolan. Le débat sur l’intelligence artificielle, que Coffin étrille dans l’entretien – « ils l’appellent “le futur”, mais elle détruit tout ce qu’elle touche » –, vient en contrepoint de cette industrie qui recycle ses succès passés.
La résonance auprès des publics joue sur deux registres distincts. Les Minions, dont le « minionese » mêle anglais, espagnol, français, italien et japonais, traversent les frontières sans sous-titres : leur langage, inventé par Coffin au fil des improvisations, est compris de tous à travers l’intonation et le geste. « Elle », à l’inverse, cible une génération précise, celle qui a grandi dans les années 1990, et dont la mémoire est saturée de références à la mode, à la musique et aux codes adolescents de l’époque. L’actrice Lexi Minetree, choisie pour incarner la jeune Elle, reproduit avec une précision troublante les mimiques de Reese Witherspoon, au point que certains critiques se sont demandé s’il ne s’agissait pas d’une version rajeunie par ordinateur.
Reste une image persistante : celle des Minions, stars du muet devenues malgré elles des déclencheurs de chaos, qui tentent de remettre en boîte des monstres bien réels. Comme si, en voulant ressusciter le passé, on libérait toujours quelque chose d’incontrôlable. Une leçon que la série « Elle » effleure aussi, lorsque son héroïne découvre un « vestiaire de confiance » dans un concert grunge – un détail qui, l’espace d’un instant, fait vaciller toute sa vision du monde.
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