
L’initiative de Costa envers Moscou révèle les fractures européennes
Le président du Conseil européen a confirmé des contacts diplomatiques avec le Kremlin, suscitant l’opposition de Paris et Berlin tandis que Moscou pose ses conditions.
Le président du Conseil européen, António Costa, a confirmé le 19 juin avoir tenté d’établir un canal diplomatique direct avec la Russie, par l’intermédiaire de son chef de cabinet. Selon des sources européennes, ces échanges, brefs et sans substance, visaient à préparer une future négociation sur l’Ukraine et à ne pas dépendre des seuls intermédiaires pour interpréter les messages russes. Cette initiative, révélée par Bloomberg puis Politico, a provoqué de vives tensions lors du sommet des Vingt-Sept à Bruxelles, certains États membres dénonçant un manque de coordination et une précipitation.
La fracture traverse l’Union. D’après des diplomates européens, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont critiqué ouvertement la méthode employée, jugeant le moment inopportun et rappelant que le format E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) avait déjà engagé des contacts avec Moscou – leurs ambassadeurs ayant rencontré un vice-ministre russe le 11 juin. Les pays baltes, la Pologne et les Pays-Bas ont également exprimé leur réticence, estimant que la priorité devait rester la pression sur le Kremlin. À l’inverse, une majorité de dirigeants, selon des sources proches des discussions, ont soutenu la démarche de Costa, voyant en lui le représentant naturel de l’UE pour de futurs pourparlers, en vertu des traités.
Du côté de Moscou, la réaction a été double. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a réaffirmé que la Russie était ouverte à un dialogue avec les forces européennes désireuses de renouer, mais sans « leçons de morale » ni « ultimatums ». Il a fustigé l’approche européenne consistant à négocier « en position de force », la qualifiant de « plus grande erreur ». La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a ironisé sur la nécessité d’un canal supplémentaire alors que les ambassadeurs des États membres sont déjà en poste à Moscou. Selon les capitales occidentales, cette rhétorique vise à diviser les Européens tout en posant des conditions préalables inacceptables pour nombre d’entre eux.
L’épisode s’inscrit dans un contexte de crainte, au sein des institutions bruxelloises, d’une marginalisation de l’UE dans les discussions sur l’avenir de l’Ukraine, alors que les efforts de médiation américains marquent une pause et que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé les Européens à élargir leur action diplomatique. Le débat sur l’identité du négociateur – Costa, la haute représentante Kaja Kallas ou le président finlandais Alexander Stubb – reste ouvert, et aucun mandat formel n’a été confié. Les prochaines semaines devraient voir se poursuivre les consultations entre capitales, tandis que le Conseil européen s’efforce de dégager une position commune avant une éventuelle ouverture de négociations.
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Moscou se dit prête au dialogue avec l'UE, mais rejette fermement tout ultimatum ou négociation menée depuis une position de force, qualifiant cette approche de plus grave erreur de l'Europe. Le Kremlin insiste sur le fait que le bon sens exige des contacts pour relever des défis complexes, tout en attribuant la position erronée à l'incompétence ou à la désinformation européenne. La Russie se présente comme ouverte et pragmatique, rappelant qu'elle n'a jamais initié la rupture des relations.
Le porte-parole du Kremlin a déclaré que la Russie a toujours été ouverte aux contacts avec l'Europe et que Moscou n'a pas initié leur suspension. Il a ajouté que les Européens se trompent en pensant devoir négocier depuis une position de force. La nouvelle a été rapportée de manière neutre, sans commentaire éditorial.
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