
Colombie : le président élu suspend la transition et accuse Gustavo Petro de « coup d’État »
Abelardo de la Espriella a rompu le processus de passation de pouvoir après que le chef de l’État sortant a refusé de reconnaître sa victoire électorale, plongeant le pays dans une crise institutionnelle à un mois de l’investiture.
Le président élu de Colombie, Abelardo de la Espriella, a ordonné le 7 juillet 2026 la suspension immédiate du processus de transition avec le gouvernement de Gustavo Petro, qu’il a qualifié de « bande de putschistes et de corrompus ». Dans une allocution vidéo, le dirigeant de la droite radicale, soutenu par Donald Trump, a accusé le président sortant et le sénateur Iván Cepeda — candidat défait de la coalition de gauche — de préparer un « plan B » pour se maintenir au pouvoir par un « coup d’État ». Il a appelé les forces armées à « protéger la Constitution et la démocratie » et à ne pas obéir à d’éventuels ordres contraires de M. Petro, tout en exhortant la communauté internationale à surveiller la transition jusqu’à la passation de pouvoir prévue le 7 août.
Le gouvernement sortant a répliqué en suspendant à son tour sa participation aux réunions conjointes de transition, dénonçant un climat de « calomnies et d’agressions » de la part de l’équipe entrante. Le ministre des Finances, Germán Ávila, a annoncé le dépôt d’une plainte pénale contre Carlos Alonso Lucio, idéologue du président élu, pour des déclarations évoquant une possible extradition de M. Petro vers les États-Unis. Le président sortant, qui martèle depuis le second tour du 21 juin la thèse d’une « fraude électorale » sans en apporter la preuve, a réaffirmé que le véritable vainqueur était Iván Cepeda et a convoqué des manifestations pour le 20 juillet. La coalition du Pacte historique a, par ailleurs, décidé de déposer un recours en annulation de l’élection devant le Conseil d’État.
La rupture du « empalme » — mécanisme de transmission des dossiers entre administrations régi par la loi de 2005 — place la Colombie au bord d’une crise constitutionnelle, selon plusieurs analystes latino-américains. Les autorités électorales et les missions d’observation internationales, notamment de l’Union européenne et de l’Organisation des États américains, ont pourtant validé la régularité du scrutin. Les grands secteurs patronaux, comme l’Association bancaire (Asobancaria) et les entreprises de production d’énergie (Andeg), ont appelé au respect du verdict des urnes et à une transition ordonnée, tandis que la Contraloría (Cour des comptes) a reconnu la légitimité du président élu et annoncé la tenue d’une réunion technique avec le vice-président désigné, José Manuel Restrepo.
À un mois de l’investiture, les deux camps campent sur des positions irréconciliables. Le président élu promet une « résistance constitutionnelle » et une « auditoría exhaustiva » de la gestion sortante, axée sur la lutte contre le narcotrafic et l’attribution des marchés publics. M. Petro, qui assure quitter le pouvoir le 6 août à minuit, agite le spectre d’un « fascisme » imminent et appelle à la « désobéissance civile ». Dans ce climat de défiance radicale, les prochaines étapes incluent le dépôt du recours en nullité, les mobilisations du 20 juillet et la poursuite, en parallèle, d’un échange d’informations a minima entre les équipes, sous la surveillance des organes de contrôle.
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