
Régulation financière : l’Afrique renforce ses garde-fous, les États-Unis allègent les leurs
Du Ghana au Nigeria, en passant par le Kenya et l’Argentine, les autorités multiplient les mesures de contrôle, tandis que Washington esquisse un retour à la dérégulation bancaire.
Une vague de resserrement réglementaire déferle sur plusieurs économies africaines, contrastant avec le vent de dérégulation qui souffle outre-Atlantique. Au Ghana, la Banque centrale (BoG) a ordonné aux institutions financières de cesser immédiatement de faciliter l’accès à des portefeuilles en devises non autorisés, notamment ceux libellés en dollars américains proposés par des plateformes de cryptomonnaies. Cette directive, adressée aux banques, aux émetteurs de monnaie électronique et aux prestataires de services de paiement, vise à colmater une brèche dans le dispositif de contrôle des changes et à prévenir des activités qui, selon l’institution, requièrent une autorisation préalable. Simultanément, le secteur de la microfinance ghanéen s’inquiète d’un projet de relèvement du capital minimum exigé par la BoG, qui pourrait, selon les professionnels, fragiliser les petits établissements et compromettre l’inclusion financière en milieu rural.
Au Nigeria voisin, la Banque centrale (CBN) déploie un arsenal de réformes visant à moderniser et à sécuriser l’écosystème financier. Elle a lancé un nouveau taux de référence interbancaire, le Nigerian Overnight Financing Rate, destiné à améliorer la transparence et la transmission de la politique monétaire. Parallèlement, elle impose aux banques et aux fintechs de stocker localement, à partir de 2027, toutes les données de transactions de paiement, une mesure qui renforce la souveraineté numérique tout en facilitant la supervision. La CBN a également publié un projet de révision des règles applicables aux holdings financières, exigeant une participation minimale de 51 % dans chaque filiale, afin de mieux isoler les risques au sein des groupes bancaires.
Cette dynamique de renforcement des contrôles s’observe aussi en Afrique de l’Est, où l’administration fiscale kényane (KRA) a introduit un mécanisme de validation préalable des déclarations de revenus. Présenté comme un outil de modernisation, ce système pré-remplit les formulaires avec les données déjà en possession du fisc, mais contraint en pratique les contribuables à justifier tout écart avant de pouvoir soumettre leur déclaration. Ce basculement, qui fait glisser la charge de la preuve vers le particulier ou l’entreprise, suscite des frictions dans un pays où la conformité fiscale reste un défi majeur. En Argentine, une logique similaire de croisement massif de données a conduit l’agence de recouvrement ARCA à envoyer des milliers de notifications à des salariés soupçonnés d’avoir indûment déduit des frais d’équipement et de vêtements de leur impôt sur le revenu, ouvrant une voie de régularisation accélérée pour éviter des contrôles approfondis.
Ces initiatives africaines et latino-américaine s’inscrivent dans une tendance plus large à la reprise en main des systèmes financiers par les États, après des années d’innovation rapide et parfois désordonnée. Au Ghana, les autorités justifient leur action par la nécessité de protéger la stabilité monétaire et de lutter contre les flux illicites, tandis qu’au Nigeria, la CBN met en avant la crédibilité des marchés et la résilience du système. Pourtant, ces régulations ne sont pas sans risques : un durcissement excessif du capital minimum des microfinances pourrait exclure les populations les plus vulnérables, et une validation trop rigide des déclarations fiscales risque d’alourdir la charge administrative des petites entreprises.
À l’opposé, les États-Unis semblent emprunter un chemin inverse. Les régulateurs fédéraux ont proposé en mars un allègement des exigences de capital pour les banques, en révisant le calcul des actifs pondérés par les risques et en modifiant les surcharges imposées aux plus grands établissements. Présentée comme une simplification, cette mesure est perçue par les agences de notation comme un possible retour à une ère de vulnérabilité accrue, après une décennie de consolidation post-2008. Ce contraste transatlantique illustre les dilemmes auxquels sont confrontés les régulateurs du monde entier : comment concilier innovation financière, inclusion économique et stabilité systémique, sans étouffer la croissance ni exposer les contribuables à de nouveaux sauvetages.
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Les États-Unis commencent à démanteler le cadre de fonds propres post-crise qui avait rendu les banques plus sûres. Moody’s prévient que l’assouplissement réglementaire proposé pourrait accroître l’effet de levier et exposer les contribuables à de futurs sauvetages.
Plusieurs régulateurs africains durcissent les règles : le Ghana relève le capital minimum des microfinances et bloque les portefeuilles en dollars liés aux cryptomonnaies, le Kenya impose des déclarations fiscales préremplies et le Nigéria exige le stockage local des données et un nouveau taux au jour le jour. Ces mesures visent la stabilité et la conformité, mais les critiques mettent en garde contre une réduction de l’inclusion financière et des tensions opérationnelles.
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