
Production de viande : le Brésil à un niveau record, l'Argentine et les États-Unis en difficulté
Alors que le géant sud-américain enregistre des abattages historiques, la consommation s'effondre en Argentine et les prix flambent aux États-Unis, sur fond de tensions commerciales.
Le Brésil a démarré l'année 2026 sur des chiffres d'abattage sans précédent. Selon les données officielles de l'IBGE, plus de 10,3 millions de bovins, 15,2 millions de porcins et 1,7 milliard de volailles ont été abattus au premier trimestre, établissant des records historiques pour les deux premières catégories. La production totale de viande en équivalent carcasse a bondi de 7 % par rapport à la même période en 2025, atteignant 7,8 millions de tonnes. Cette performance déjoue les prévisions pessimistes qui tablaient, pour la deuxième année consécutive, sur un ralentissement de la filière brésilienne. Le géant sud-américain conforte ainsi sa place de premier exportateur mondial, inondant les marchés internationaux de protéines animales à des prix compétitifs.
À l'autre extrémité du spectre régional, l'Argentine traverse une crise de la consommation sans précédent. D'après les chiffres de la Chambre de l'industrie et du commerce des viandes (Ciccra), la consommation de bœuf par habitant est tombée à 47,5 kilos par an, son plus bas niveau en vingt ans. La production s'est contractée de 7,3 % sur les cinq premiers mois de 2026, pénalisée par la sécheresse de 2022 qui a décimé le cheptel et par des prix qui restent élevés en termes historiques. Le pouvoir d'achat des Argentins, érodé par une inflation persistante, ne permet plus de soutenir la demande intérieure. Le secteur se tourne donc résolument vers l'exportation, dans l'espoir de profiter de cours internationaux plus rémunérateurs.
Aux États-Unis, la viande bovine devient un produit de luxe pour de nombreux ménages. Le cheptel américain a fondu à son niveau le plus bas depuis les années 1950, sous l'effet de sécheresses prolongées. L'apparition de la lucilie bouchère, un parasite dévastateur, dans les élevages mexicains puis américains, ajoute une pression sanitaire et logistique. Dans ce contexte, les prix ont flambé depuis début 2025. Les menaces de droits de douane brandies par le président Trump à l'encontre du Mexique, du Canada et de l'Union européenne font planer le risque de perturbations commerciales majeures, alors que des négociations sur l'accord de libre-échange nord-américain se tenaient les 16 et 17 juin 2026.
Cette fragmentation du marché mondial de la viande dessine une nouvelle géographie des échanges. Le Brésil, fort de sa production record, est bien placé pour combler les déficits d'approvisionnement, notamment si les barrières tarifaires américaines redirigent les flux. L'Argentine, elle, mise sur la consolidation de ses exportations, en particulier vers l'Asie. Pour l'Union européenne, importateur net, ces recompositions pourraient offrir des alternatives au bœuf américain ou australien, mais aussi raviver les débats sur les normes sanitaires et environnementales. En Afrique francophone, où la demande en protéines animales croît rapidement, la viande brésilienne à bas coût pourrait gagner des parts de marché. Reste que le Brésil devra lui-même affronter des défis structurels : dépendance aux marchés extérieurs, pressions sur les ressources naturelles et risque de barrières non tarifaires. L'abondance d'aujourd'hui n'est pas une garantie pour demain.
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