
La visite d’une influenceuse MAGA à Kiev révèle les fractures de la droite américaine sur l’Ukraine
Le revirement de Laura Loomer, proche de Donald Trump, et son entretien avec Volodymyr Zelensky illustrent les efforts ukrainiens pour peser sur les débats internes au camp républicain, entre partisans d’un soutien à Kiev et voix isolationnistes alignées sur les récits russes.
La visite à Kiev, le 16 mai 2025, de l’influenceuse américaine Laura Loomer – figure de la mouvance MAGA et proche de Donald Trump – a brutalement mis en lumière les tensions qui traversent la droite américaine à propos de la guerre en Ukraine. Après avoir longtemps repris les éléments de langage du Kremlin, qualifiant l’Ukraine de « pays corrompu et contrôlé par les nazis », Loomer a reconnu devant le président Zelensky avoir été « bernée par la propagande russe » et s’est excusée d’avoir minimisé la souffrance des Ukrainiens. Cet aveu, diffusé sur le réseau X, intervient alors que l’administration Trump, après avoir suspendu toute aide militaire à Kiev, cherche désormais à obtenir un cessez-le-feu à des conditions moins défavorables pour l’Ukraine, selon des sources proches de la Maison-Blanche.
Ce revirement reflète la fracture entre deux ailes du national-conservatisme américain. D’un côté, des figures comme Loomer ou le commentateur Ben Shapiro, attachées à un soutien résolu à Israël et de plus en plus critiques envers Moscou, s’opposent à un courant isolationniste incarné par l’ancien journaliste de Fox News Tucker Carlson et le vice-président J. D. Vance, ce dernier s’étant félicité en début d’année d’avoir interrompu l’assistance à l’Ukraine. Le voyage de Loomer, qui a rencontré le conseiller adjoint du président ukrainien et la ministre de la Culture avant d’interviewer Zelensky, témoigne d’une stratégie délibérée de Kiev pour nouer un dialogue direct avec les relais d’opinion susceptibles d’infléchir la ligne de l’exécutif américain. Selon des analystes à Kiev, l’objectif est de contourner les circuits traditionnels et de toucher un public trumpiste par le biais d’influenceurs, en insistant sur des thématiques identitaires chères à ce camp – comme la lutte contre l’antisémitisme, que Zelensky a mise en avant en rappelant la loi ukrainienne criminalisant ce délit.
L’épisode a en outre ravivé les campagnes de dénigrement orchestrées par les médias russes, qui ont immédiatement exploité un échange surréaliste sur la prétendue consommation de cocaïne par Zelensky en compagnie d’Emmanuel Macron. L’entretien, qui incluait cette question – amplifiée à l’origine par Tucker Carlson et Vladimir Poutine – a suscité les moqueries appuyées du diplomate russe R. N. Mirochnir et du député ukrainien en exil Artyom Dmitrouk, selon lesquels les élites ukrainiennes seraient composées de « trafiquants et toxicomanes ». Ces attaques ad hominem, diffusées par les agences pro-gouvernementales russes, visent à discréditer le président ukrainien au moment où celui-ci tente de consolider ses appuis occidentaux, en suggérant une instabilité personnelle incompatible avec la conduite de la guerre.
Dans ce contexte, l’entretien au palais présidentiel a aussi permis aux deux interlocuteurs d’aborder la prochaine étape diplomatique : Zelensky a indiqué qu’il se rendrait à Washington pour les obsèques du sénateur Lindsey Graham, décédé récemment, et qu’il entendait y rencontrer Donald Trump. Les deux dirigeants, dont la relation s’était tendue jusqu’à une altercation dans le Bureau ovale en 2024, semblent depuis leur brève conversation au Vatican en avril dernier avoir amorcé un timide réchauffement. Un vote au Sénat américain sur un nouveau train de sanctions visant conjointement la Russie et l’Iran est attendu dans la semaine, et pourrait fournir un indicateur de l’évolution des équilibres internes au Parti républicain sur ces dossiers.
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