
Brésil et Mexique : ventes automobiles record, entre subventions nationales et rivalités sino-américaines
Les distributeurs brésiliens relèvent leurs prévisions pour 2026 tandis que le Mexique enregistre un premier semestre historique, sur fond d’offensive des marques chinoises et de tensions douanières avec Washington.
La Fédération nationale des distributeurs de véhicules du Brésil (Fenabrave) a révisé en forte hausse, le 2 juillet, sa projection de croissance des ventes pour 2026, la portant de 6,1 % à 8,6 %, soit plus de 5,2 millions d’unités attendues sur l’année. Cette correction fait suite à un premier semestre qualifié de « surprenant » par la fédération : les immatriculations totales (automobiles, utilitaires, poids lourds, motos et remorques) ont bondi de 16,01 % par rapport à la même période de 2025, tirées par les voitures particulières (+23,67 %) et les deux-roues (+14,10 %). Les professionnels brésiliens attribuent cette dynamique au programme fédéral « Carro Sustentável », qui réduit l’impôt sur les véhicules légers et sobres, ainsi qu’à l’arrivée de nouvelles marques chinoises, dont la concurrence a fait baisser les prix et entraîné l’ouverture de plus de 200 concessions supplémentaires dans le pays.
Au Mexique, le marché bat également des records. Selon l’Institut national de statistique (INEGI), 754 394 véhicules neufs ont été vendus au premier semestre, soit une hausse de 5,3 % sur un an et le plus haut niveau jamais enregistré pour cette période. En juin, les ventes ont progressé de 7,6 % par rapport à juin 2025. Nissan demeure la marque la plus vendue, mais son volume a reculé de 9 % en juin, tandis que les constructeurs chinois comme Changan (+25,4 %), Geely (+159 %) ou MG (+32,6 %) poursuivent leur percée. Les marques de luxe, à l’inverse, subissent un net repli : BMW (-5 %), Mercedes (-5,4 %), Audi (-6,6 %) et Volvo (-53 %). L’Association mexicaine des distributeurs (AMDA) souligne que le marché réel est encore plus élevé, plusieurs marques chinoises (BYD, Chirey, Omoda) ne communiquant pas leurs chiffres à l’INEGI.
Cette effervescence contraste avec les difficultés que rencontrent les constructeurs traditionnels face à la politique commerciale américaine. Nissan, dont plus d’un tiers des ventes aux États-Unis provient de modèles assemblés au Mexique (Sentra, Kicks), a annoncé travailler à une réduction drastique des coûts pour absorber le droit de douane de 25 % imposé par Washington. Son directeur général, Iván Espinosa, a estimé que ce tarif représentait un surcoût de 2 500 à 3 000 dollars par véhicule, rendant ces modèles d’entrée de gamme difficiles à commercialiser. La renégociation du traité de libre-échange nord-américain (T-MEC), qui a dépassé l’échéance du 1er juillet, ajoute à l’incertitude.
Au Brésil, les segments des poids lourds et des autobus restent orientés à la baisse (-9,09 % au premier semestre), malgré le programme « Move Brasil » de subventions au renouvellement des flottes, dont les fonds seraient déjà presque épuisés. La Fenabrave anticipe un ralentissement au second semestre, lié au cycle électoral et au tassement de l’activité économique, tandis que les ventes de véhicules 100 % électriques ont presque triplé (+196 %) au Brésil, confirmant l’appétit pour les modèles chinois abordables. Prochaine étape à surveiller : la capacité des gouvernements brésilien et mexicain à prolonger ces dispositifs de soutien sans creuser les déficits, alors que la pression protectionniste américaine redessine les chaînes d’approvisionnement continentales.
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